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Pans de bois : ce que le remplissage doit faire, et ce qu'il ne doit jamais faire

Le colombage ne pourrit pas de vieillesse. Il pourrit quand on l'a enfermé dans un matériau qui ne bouge pas.

7 min de lecture

Façade à pans de bois normande, remplissage clair entre les colombes
Le retrait au contact du bois est normal : c'est le joint souple qui doit l'absorber.

Une façade à pans de bois est une structure vivante. Le chêne travaille avec l'humidité de l'air : il gonfle en hiver, se rétracte en été, et il le fera encore dans cent ans.

Le remplissage entre les colombes doit accepter ce mouvement. C'est tout son cahier des charges, et c'est là que se joue la survie du bâtiment.

Ce que le remplissage doit faire

Il doit être plus souple que le bois, plus perméable que lui, et il doit pouvoir se désolidariser légèrement au contact de la pièce de charpente sans que cela crée une entrée d'eau.

Le torchis — terre, fibres végétales, parfois chaux — remplit ce rôle depuis des siècles. La brique hourdée à la chaux aussi, à condition que le mortier reste maigre.

Ce qu'il ne doit jamais faire

Il ne doit pas être étanche, et il ne doit pas être rigide.

Un remplissage au ciment, ou un enduit ciment passé sur l'ensemble de la façade, produit un résultat systématique : le bois ne peut plus évacuer son humidité par le contact avec le remplissage, l'eau stagne à l'interface, et le pied des colombes pourrit — sans que rien ne se voie de l'extérieur, jusqu'à l'effondrement du poteau.

Sur un pan de bois, ce qu'on ne voit pas est toujours pire que ce qu'on voit.

Les enduits pelliculaires

Même remarque pour les peintures filmogènes et les lasures épaisses appliquées sur le bois. Un film continu empêche le séchage et retient l'eau contre le bois. On préfère un traitement microporeux, ou rien du tout sur un chêne ancien qui se porte bien.

Le diagnostic à faire avant tout

Avant de toucher au remplissage, on vérifie trois choses : l'état des pieds de poteaux, la présence d'un soubassement maçonné qui isole le bois du sol, et l'état de la couverture au droit de la façade.

Neuf fois sur dix, un colombage qui souffre est un colombage qui reçoit de l'eau par le haut ou par le bas. Refaire le remplissage sans traiter la cause revient à changer le pansement sans soigner la plaie.

Le vocabulaire, parce qu'il sert à comprendre le désordre

On parle mal de ce qu'on ne sait pas nommer, et sur un pan de bois chaque pièce a une fonction précise.

La sablière basse est la pièce horizontale qui repose sur le soubassement maçonné et reçoit le pied de tous les poteaux. C'est la pièce la plus exposée et la plus souvent détruite.

Les poteaux sont les montants verticaux. Ils descendent la charge des planchers et de la toiture jusqu'à la sablière basse.

Les décharges, guettes et écharpes sont les pièces obliques. Elles triangulent la structure et l'empêchent de se déformer en parallélogramme sous l'effet du vent.

Les tournisses sont les petits montants intermédiaires qui divisent les panneaux pour réduire la portée du remplissage.

La sablière haute couronne l'étage et reçoit le plancher supérieur ou la charpente.

Les hourdis ou panneaux sont les surfaces à remplir entre ces pièces. Le remplissage n'a aucun rôle porteur : il ferme, il isole modestement, il protège le bois. Il ne tient rien. C'est une donnée essentielle, parce qu'elle explique pourquoi on peut le refaire sans toucher à la structure, et pourquoi il ne faut surtout pas le rendre rigide : un remplissage rigide devient porteur malgré lui, et il transmet des efforts à des assemblages qui n'ont pas été calculés pour les recevoir.

Le solin est le raccord entre le pied de la façade et le soubassement. Le larmier est la pièce ou la moulure qui rejette l'eau vers l'avant, hors du nu du mur. Ces deux détails, minuscules, décident souvent de l'espérance de vie d'une façade entière.

Le torchis, en détail

Le torchis est un mélange de terre argileuse, d'eau et de fibres végétales. Chacun de ces trois composants a une raison d'être.

La terre apporte la cohésion. Il faut une terre argileuse mais pas trop grasse : une argile pure gonfle et fissure en séchant. Les terres utilisées historiquement étaient prélevées sur place, souvent dans la parcelle même, et leur composition variait d'un village à l'autre.

Les fibres — paille de seigle ou de blé, foin, chanvre, poils d'animaux — arment le mélange. Elles répartissent le retrait de séchage en une multitude de microfissures invisibles au lieu de laisser se former quelques grandes fissures traversantes. Elles allègent aussi le panneau.

L'eau rend le mélange applicable, et c'est le paramètre le plus délicat : plus on en met, plus on travaille facilement, plus le retrait est important.

Le mélange se pose sur une armature. Selon les régions et les époques, il s'agit de palançons — des baguettes de bois vert glissées dans des rainures pratiquées dans les poteaux —, d'un lattis, ou de branches tressées appelées éclisses. Cette armature sert de support pendant la prise et donne au panneau sa tenue.

Un point mérite d'être posé clairement : le torchis ne fait pas prise chimiquement. Il sèche, simplement. Cela veut dire qu'il reste réversible, qu'il peut être réhumidifié et retravaillé, et qu'il craint l'eau liquide en ruissellement continu. D'où la nécessité absolue d'une protection par le haut — débord de toiture — et par le bas — soubassement.

La finition traditionnelle est un badigeon ou un enduit mince à la chaux, qui protège la terre du ruissellement sans l'empêcher de sécher. On ne laisse pas un torchis nu sur une face exposée.

Le remplissage en brique

Beaucoup de panneaux ont été refaits en brique au cours des deux derniers siècles, souvent après la ruine du torchis d'origine. C'est une solution acceptable, à condition de respecter deux règles.

Le mortier doit rester maigre. Un hourdage à la chaux, dosé faiblement, qui reste plus tendre que la brique. Un mortier riche, et a fortiori un mortier de ciment, rigidifie le panneau et le solidarise au bois. Au premier mouvement du chêne, le panneau se fissure au contact des colombes, et la fissure devient un chemin d'eau dirigé vers le pied du poteau.

La brique doit être poreuse. Les briques anciennes de terre cuite, cuites à basse température, absorbent et restituent l'eau. Les briques modernes de parement, très denses, ne le font presque pas : l'eau qui atteint le panneau ne peut plus s'évacuer par lui et cherche ailleurs — c'est-à-dire par le bois.

On rencontre aussi des remplissages en béton cellulaire, en carreaux de plâtre ou en parpaings. Ce sont des erreurs de trois natures différentes : le béton cellulaire est trop rigide et se fissure au contact du bois ; le plâtre est hygroscopique et retient l'humidité contre le chêne ; le parpaing ajoute un poids que la structure n'attendait pas et bloque toute évaporation. Quand on les rencontre, on les remplace, panneau par panneau, sans jamais démonter plusieurs panneaux contigus en même temps.

Le joint entre le bois et le remplissage

C'est le point le plus mal compris de toute la question, et celui qui produit le plus de dégâts.

Le chêne bouge, le remplissage ne bouge pas. À l'interface, une fente apparaît nécessairement. Cette fente n'est pas un défaut de mise en œuvre : elle est le résultat prévisible du comportement du bois, et elle réapparaîtra quoi qu'on fasse.

La question n'est donc pas de l'empêcher, mais de faire en sorte qu'elle ne conduise pas l'eau à l'intérieur.

Trois principes y répondent.

Le remplissage se pose en léger retrait par rapport au nu du bois, et non à fleur. Une eau qui ruisselle sur la colombe passe alors devant le panneau au lieu de s'engouffrer dans la fente.

Le raccord se calfeutre avec un matériau souple et perméable : mortier de chaux très maigre chargé en fibres, terre fibrée, chanvre et chaux. Ces matériaux acceptent d'être fissurés sans devenir étanches à la vapeur.

On n'emploie jamais un mastic élastomère ou une mousse expansive. C'est le réflexe moderne, et c'est le pire des choix : le joint devient étanche à la vapeur mais pas durablement étanche à l'eau. L'eau finit par entrer par un défaut, et elle ne peut plus ressortir. On crée exactement la poche d'humidité permanente qu'on croyait éviter.

Sur les faces les plus exposées, la solution la plus sûre reste celle qu'on observe sur les bâtiments qui ont traversé les siècles : un enduit ou un essentage qui recouvre l'ensemble, bois compris.

Pourquoi les pieds de poteaux pourrissent

Le chêne de cœur, sec et ventilé, ne pourrit pas. Il ne pourrit que dans des conditions précises : une humidité durablement élevée, une température modérée, et une absence de ventilation. Réunissez les trois et la dégradation fongique s'installe.

Ces trois conditions se rencontrent presque toujours au même endroit : le pied du poteau, là où il repose sur la sablière basse, elle-même posée sur le soubassement.

Les causes se ramènent à quelques configurations.

Le sol extérieur qui est monté. Terre végétale accumulée, allée refaite par-dessus l'ancienne, terrasse coulée contre la façade. Le niveau extérieur atteint puis dépasse la sablière basse, qui se retrouve en contact permanent avec un sol humide.

Le solin ciment. Un bourrelet de ciment appliqué en pied de façade pour « protéger » enferme la sablière. L'eau entre par le haut, longe le bois, ne peut plus sortir.

Le soubassement trop bas ou dégradé. Les projections d'eau de pluie rebondissant sur le sol atteignent directement le bois. C'est un mécanisme souvent sous-estimé : sur un sol dur, les rejaillissements montent haut.

Un débord de toiture insuffisant, une gouttière percée, une descente qui déborde. L'eau tombe le long de la façade et s'accumule au pied.

Le traitement d'un pied de poteau détruit s'appelle une greffe : on coupe la partie altérée et on rapporte un morceau de chêne assemblé au trait de Jupiter ou par un assemblage à mi-bois chevillé. C'est une opération de charpentier, faite sous étaiement. Elle est courante et parfaitement fiable. Ce qui ne l'est pas, c'est la reconstitution au mortier de résine sur un bois pourri qu'on n'a pas retiré : on emprisonne le champignon et on cache la ruine.

Le sondage que vous pouvez faire vous-même

Un propriétaire peut établir une première évaluation sans aucun matériel particulier, et elle vaut mieux qu'une inspection visuelle.

Le test du poinçon. Munissez-vous d'un tournevis fin ou d'une pointe. Appuyez franchement sur le bois en pied de poteau et sur la sablière basse, tous les cinquante centimètres environ. Un chêne sain résiste : la pointe s'enfonce à peine. Un bois altéré cède, et la pointe pénètre facilement sur plusieurs centimètres. Notez chaque point où elle pénètre.

Le test du maillet. Frappez le bois avec un maillet ou le manche d'un outil. Un son plein indique une section saine. Un son mat, sourd, signale un cœur dégradé sous une surface encore correcte — c'est la situation la plus trompeuse.

L'observation de la vermoulure. Cherchez au pied des poteaux une sciure fine et claire. Si elle est claire et se reforme après avoir été balayée, l'attaque est active. Si elle est grise, tassée, et ne revient pas après nettoyage, elle est ancienne.

Le relevé des taches intérieures. À l'intérieur, en vis-à-vis des panneaux, une tache sombre récurrente ou un revêtement qui se décolle en bas indique le passage de l'eau.

La photographie datée. Photographiez chaque façade, chaque année, à la même saison et depuis le même point. Rien ne remplace la comparaison dans le temps pour distinguer une altération stabilisée d'une altération qui progresse.

Les erreurs de restauration les plus coûteuses

Elles sont peu nombreuses et toujours les mêmes.

Enduire toute la façade au ciment. L'erreur majeure. Elle donne pour quelques années une façade nette, puis la structure se détruit à l'abri des regards.

Remplacer le torchis par du béton cellulaire ou du parpaing. Rigidité, poids, blocage de l'évaporation.

Poser une isolation intérieure étanche contre le pan de bois. Un doublage collé, un pare-vapeur mal posé ou une mousse projetée transforment le bois en paroi froide non ventilée. Le désordre se déclare côté intérieur, où on ne le cherche jamais.

Poser un bardage plein sans lame d'air. Un bardage sur tasseaux ventilé, avec entrée d'air en bas et sortie en haut, est une protection excellente. Le même bardage plaqué sans lame d'air est un piège.

Traiter le chêne à la lasure épaisse ou au vernis. Un film continu bloque le séchage. Sur un chêne ancien sain, l'absence de traitement est presque toujours le meilleur choix.

Décaper le bois à la sableuse ou au jet. On détruit la surface dense et on ouvre la porosité du chêne, qui absorbera davantage.

Refaire tous les panneaux d'un seul tenant sans étaiement. Le remplissage ne porte pas, mais il contrevente. Retirer une file entière de panneaux sur une façade fatiguée peut laisser la structure se déformer.

Faut-il laisser le pan de bois apparent ?

La question est moins évidente qu'il n'y paraît, et la réponse spontanée — « bien sûr, c'est plus beau » — n'est pas toujours la bonne.

Historiquement, une grande partie des façades à pans de bois n'était pas apparente. Le bois était recouvert d'un enduit, d'un badigeon ou d'un essentage — bardeaux de bois, ardoises, tuiles plates posées en écaille — précisément sur les faces les plus battues par la pluie. Le pan de bois apparent est fréquent sur les façades sur rue, abritées, et beaucoup plus rare sur les pignons ouest.

Le goût du colombage apparent a conduit, à partir des années 1960 et 1970, à décroûter massivement des façades qui étaient enduites depuis l'origine. Beaucoup de ces décroûtages ont exposé des bois qui n'avaient jamais été conçus pour l'être, souvent des bois de remploi ou de section irrégulière, et ont accéléré leur usure.

La règle pratique est simple : on conserve la disposition d'origine quand on peut la lire. Des traces de mortier sur les bois, des clous d'essentage, des chanfreins absents ou des assemblages grossiers indiquent une façade prévue pour être couverte. Des moulurations soignées, des chanfreins réguliers, des sculptures indiquent une façade prévue pour être vue.

En secteur protégé, la question n'est de toute façon pas libre : l'Architecte des Bâtiments de France se prononce sur la restitution comme sur la teinte des remplissages.

Les insectes : distinguer une attaque ancienne d'une attaque active

Le chêne ancien, dont l'aubier a disparu, est peu attractif pour les insectes à larves xylophages. On trouve pourtant très souvent des galeries. Encore faut-il savoir si elles sont habitées.

Les trous seuls ne disent rien. Un trou de sortie signale qu'un insecte est parti, pas qu'il en reste. Beaucoup de traitements sont vendus sur la foi de trous vieux d'un siècle.

Les indices d'activité sont la vermoulure claire qui se reforme, les trous à arêtes vives et à bois clair au fond, et parfois un bruit de grignotement audible dans le silence par temps chaud.

La localisation compte. Une attaque active se développe dans un bois humide. Un pied de poteau attaqué est presque toujours un pied de poteau mouillé, et supprimer l'humidité fait plus contre l'insecte que le produit.

En conséquence : on ne traite pas par principe. On traite là où l'attaque est démontrée active, après avoir traité la cause hydrique, et on privilégie une intervention localisée plutôt qu'une pulvérisation générale sur une façade entière.

L'entretien courant, année par année

Une façade à pans de bois entretenue ne demande presque rien. Non entretenue, elle se ruine vite. Le programme tient en quelques points.

Chaque automne : nettoyage des gouttières et des chéneaux, vérification des descentes, contrôle que l'eau part bien loin du pied de mur.

Chaque printemps : tour de la façade après une pluie battante, à la recherche de coulures et de traînées sombres qui signalent un chemin d'eau. C'est le seul moment où ces chemins sont visibles.

Chaque année : dégagement du pied de mur. Végétation coupée, terre écartée, feuilles retirées. Un pied de façade doit rester sec et ventilé.

Tous les deux à trois ans : reprise ponctuelle des calfeutrements ouverts entre bois et remplissage, en mortier maigre. C'est une opération de quelques heures qui évite des travaux de charpente.

Tous les cinq à dix ans : rafraîchissement du badigeon de chaux sur les panneaux enduits, quand il s'est lessivé. Un badigeon est un consommable, et il se refait facilement.

Tous les dix ans, ou après tout événement — tempête, dégât des eaux, chantier voisin — sondage complet des pieds de poteaux au poinçon.

Les questions à poser avant de signer

Elles trient très rapidement.

  • Quel matériau proposez-vous pour le remplissage, et quel liant exactement ?
  • Comment traitez-vous le raccord entre le remplissage et le bois ?
  • Le remplissage sera-t-il posé au nu du bois ou en léger retrait ?
  • Avez-vous sondé les pieds de poteaux, et sur quelles pièces ?
  • Que faites-vous du soubassement et du niveau du sol extérieur ?
  • Prévoyez-vous un étaiement, et sur combien de panneaux travaillez-vous à la fois ?
  • Sur quoi vous appuyez-vous pour dire que le bois doit être traité ?

Une entreprise qui répond « enduit monocouche » ou « mousse et mastic » à la première question a déjà répondu à toutes les autres.

Où on en trouve

Dans notre zone, le bâti à pans de bois est particulièrement dense dans les centres anciens de Conches-en-Ouche, de Brionne, de Nonancourt et de Houdan, ainsi que dans les hameaux du Roumois et du pays d'Ouche. On en rencontre aussi à Pont-de-l'Arche, où les maisons à encorbellement bordent encore quelques rues, à Beaumont-le-Roger dans la vallée de la Risle, et de manière plus dispersée dans les fermes du plateau autour de Damville et de Normanville.

Ces bâtiments ont un point commun : ils ont survécu parce que quelqu'un a entretenu la couverture et le pied de mur. Ni plus, ni moins.

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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.