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Chaux ou ciment sur un mur ancien : pourquoi le mauvais choix détruit le support

Le ciment est plus dur, plus rapide, moins cher. C'est exactement pour ces trois raisons qu'il ruine un mur bâti avant 1948.

Doctrine / 6 min de lecture
Enduit ciment se décollant par plaques d'un mur ancien en silex
Un enduit ciment qui se décolle : l'eau est passée derrière et ne peut plus ressortir.
August Kirren, Chief economics commentator

Un mur ancien n'est pas étanche, et il n'a jamais cherché à l'être. Il est bâti en pierre, en silex ou en brique, hourdé au mortier de chaux ou à la terre, et il gère l'eau d'une façon très différente d'une construction moderne : il l'absorbe quand il pleut, puis la restitue quand le temps sèche.

Ce cycle ne fonctionne que si l'enduit qui recouvre le mur est plus perméable que le mur lui-même. C'est la règle fondamentale, et elle n'a pas d'exception.

Ce que fait le ciment

Un enduit ciment est étanche à l'eau liquide et très peu perméable à la vapeur. Posé sur un mur ancien, il produit trois effets, toujours les mêmes.

D'abord il bloque la sortie de l'eau. L'humidité qui entre par le haut du mur, par les remontées capillaires ou par une fissure ne peut plus s'évaporer par la façade. Elle migre vers l'intérieur du logement ou stagne dans l'épaisseur du mur.

Ensuite il est plus dur que son support. Quand le mur travaille — et un mur ancien travaille toujours un peu — c'est la pierre qui cède, pas l'enduit. On observe des éclatements en surface, des pierres qui se délitent, des joints qui se creusent.

Enfin il concentre les sels. L'eau piégée dissout les sels présents dans la maçonnerie et les dépose à la limite entre l'enduit et la pierre. Ces cristaux prennent du volume et décollent l'enduit par plaques.

Un enduit ciment sur un mur ancien ne protège pas le mur : il l'enferme avec son humidité et attend.

Ce que fait la chaux

Un mortier de chaux est plus souple et beaucoup plus perméable. Il accompagne les mouvements du mur au lieu de s'y opposer, et il laisse la vapeur d'eau traverser.

On distingue la chaux aérienne, qui durcit lentement au contact du gaz carbonique de l'air, et les chaux hydrauliques naturelles, classées NHL 2, NHL 3,5 et NHL 5 selon leur résistance. Plus l'indice est élevé, plus le mortier est dur et rapide — et plus il s'éloigne du comportement recherché.

Pour un enduit de façade sur bâti ancien, on reste en général sur une NHL 2 ou NHL 3,5, dosée maigre. La NHL 5 est réservée aux ouvrages exposés, aux soubassements et aux zones qui reçoivent des projections.

Les trois couches

Un enduit traditionnel se pose en trois passes, et sauter une étape se voit dans les cinq ans.

  • Le gobetis : une couche d'accrochage projetée, riche en liant, qui crée l'adhérence.
  • Le corps d'enduit : la couche de masse, celle qui rattrape les défauts de planéité.
  • La finition : la couche vue, plus maigre que celle du dessous.

La règle du dégressif est absolue : chaque couche doit être moins dure et moins riche que celle qu'elle recouvre. Une finition plus dure que le corps d'enduit fissure.

Comment savoir ce qu'on a

Le test le plus simple se fait avec un clou. Sur un mortier de chaux, la pointe raye la surface et laisse une poudre claire. Sur un ciment, elle glisse ou marque à peine.

Un second indice : la couleur des joints. Un mortier de chaux ancien est crème, beige ou légèrement rosé selon le sable local. Un joint gris uniforme est presque toujours une reprise au ciment.

Si votre mur a été enduit au ciment il y a vingt ans et que l'enduit tient encore, rien ne presse. Mais le jour où il se décolle, ne le refaites pas à l'identique : c'est le moment de revenir à un système perspirant.

Pourquoi le ciment s'est imposé

Il serait injuste de présenter le ciment comme une erreur de paresse. Son adoption massive a des raisons solides, et les comprendre aide à savoir quand il reste pertinent.

Le ciment Portland, industrialisé au XIXe siècle et généralisé après 1945, apporte trois avantages considérables sur un chantier : il prend vite, il est très résistant mécaniquement, et il est parfaitement régulier d'un sac à l'autre.

Un mortier de chaux aérienne, à l'inverse, durcit par carbonatation — il absorbe le gaz carbonique de l'air — et ce processus se compte en semaines, voire en mois pour les parties profondes. Sur un chantier moderne où l'on enchaîne les corps de métier, c'est une contrainte lourde.

Le ciment n'est donc pas un mauvais matériau. Il est un excellent matériau pour les constructions pour lesquelles il a été conçu : des ouvrages en béton armé, des maçonneries de blocs, des structures où l'étanchéité est assurée par ailleurs et où la rigidité est recherchée.

Le problème n'est pas le ciment. C'est son application à un système constructif qui fonctionne selon une logique inverse.

La physique en détail

Reprenons le mécanisme précisément, parce qu'il explique tout le reste.

Un mur ancien est un matériau capillaire. Ses pores, de tailles variées, conduisent l'eau liquide par capillarité et laissent circuler la vapeur d'eau par diffusion. Ce mur atteint en permanence un équilibre entre l'eau qu'il reçoit et l'eau qu'il évacue.

L'eau lui arrive de quatre côtés : la pluie sur la face exposée, les remontées depuis le sol, la vapeur produite à l'intérieur du logement, et parfois un apport latéral en pied de coteau.

L'eau en repart essentiellement par évaporation aux deux faces. La face extérieure, plus ventilée et plus exposée, en évacue la plus grande part.

Quand on ferme cette face avec un enduit peu perméable, on ne réduit pas l'apport — la pluie continue de mouiller le haut du mur, les remontées continuent de monter — on réduit seulement l'évacuation. Le bilan devient déficitaire, et l'eau s'accumule dans la masse.

Les trois désordres, dans l'ordre chronologique

Ce déséquilibre ne produit pas ses effets immédiatement. Il suit une progression assez régulière, sur une dizaine à une quinzaine d'années.

Phase 1, les premières années : rien. L'enduit est neuf, il adhère, il est étanche. La façade paraît impeccable, et c'est ce qui rend la pratique si difficile à combattre : le résultat immédiat est excellent.

Phase 2, à cinq à dix ans : les premières manifestations à l'intérieur. L'humidité qui ne sort plus par la façade cherche l'autre issue. On voit apparaître des traces sur les murs intérieurs, des décollements de papier peint, des moisissures dans les angles. Le lien avec le ravalement n'est presque jamais fait.

Phase 3, à dix à quinze ans : les désordres extérieurs. Les sels transportés par l'eau cristallisent à l'interface entre l'enduit et la maçonnerie. Ces cristaux prennent du volume et poussent. L'enduit sonne creux, puis se décolle par plaques, souvent en emportant la peau de la pierre avec lui.

Phase 4 : la dégradation du support. L'eau retenue gèle en hiver. La glace occupe un volume supérieur à celle de l'eau liquide, et cette expansion se produit à l'intérieur des pores de la pierre. Un calcaire tendre ou un grison poreux se délite en feuillets. La pierre, elle, ne se remplace pas.

Reconnaître un mur qui a été « cimenté »

Quelques indices permettent d'identifier la situation avant même de sonder.

L'enduit présente une teinte grise uniforme, sans les nuances qu'un sable local donne à un mortier de chaux. Sa surface est dure et lisse au toucher, parfois brillante.

Le pied de mur est plus foncé en permanence, avec une frange nette. Des efflorescences blanches apparaissent à la limite supérieure de cette zone, ou à la jonction avec une partie non enduite.

À l'intérieur, les murs périphériques sont plus froids, et des traces d'humidité apparaissent en bas ou dans les angles, souvent attribuées à un défaut de chauffage.

Enfin, l'enduit sonne creux par plaques quand on le tapote — c'est le test le plus fiable, et il ne demande aucun matériel.

Que faire quand le mal est fait

La question se pose très souvent, parce que des dizaines de milliers de maisons anciennes ont été enduites au ciment entre 1960 et 2000.

Si l'enduit tient encore et que le mur ne présente pas de désordre intérieur, il n'y a pas d'urgence. Un enduit ciment adhérent qui ne provoque rien peut rester en place jusqu'à sa fin de vie naturelle. Retirer un enduit sain coûte cher et endommage le support.

Si l'enduit se décolle, c'est le moment. Le dégarnissage est de toute façon nécessaire, et refaire à l'identique reproduira le cycle. C'est l'occasion de revenir à un système perspirant.

Si des désordres intérieurs apparaissent alors que l'enduit tient, la décision est plus délicate. Elle suppose de vérifier d'abord qu'il ne s'agit pas de condensation, qui produit des symptômes voisins et se traite par la ventilation, pour un coût sans commune mesure.

Le dégarnissage d'un enduit ciment : ce qu'il faut savoir

C'est une opération plus lourde qu'on ne l'imagine, et il vaut mieux le savoir avant de faire chiffrer.

Un enduit ciment adhère souvent très fortement à certaines zones et pas du tout à d'autres. Le retirer suppose donc un travail manuel, au burin ou au marteau-piqueur léger, avec un risque réel d'emporter la pierre sur les zones les plus accrochées.

Le volume de gravats est important, et ces gravats sont chargés en sels : ils ne se réemploient pas et doivent être évacués.

Après dégarnissage, le mur doit sécher avant d'être ré-enduit. Sur une maçonnerie épaisse qui a accumulé de l'eau pendant quinze ans, ce séchage se compte en mois, pas en semaines. Un professionnel qui propose d'appliquer le nouvel enduit à la chaux dans la foulée du dégarnissage n'a pas compris le problème — ou espère que vous ne le comprendrez pas.

Cette contrainte de séchage est la principale raison pour laquelle ce type de chantier se planifie sur deux saisons : dégarnissage au printemps, séchage pendant l'été, application à l'automne suivant ou au printemps d'après.

Choisir sa chaux : ce que signifient NHL 2, 3,5 et 5

Une fois la décision prise de revenir à un système perspirant, une seconde question se pose : laquelle.

La chaux aérienne, notée CL, durcit uniquement par carbonatation au contact de l'air. C'est la plus souple et la plus perméable, celle qui se rapproche le plus des mortiers historiques. Sa prise est lente, et elle supporte mal les expositions très humides ou les ouvrages qui doivent résister rapidement.

Les chaux hydrauliques naturelles, notées NHL, contiennent des silicates qui leur permettent de faire prise en présence d'eau, plus rapidement. Le chiffre qui suit indique la résistance en compression à vingt-huit jours, exprimée en mégapascals.

NHL 2 est la plus douce. Elle convient aux enduits de finition sur bâti très tendre, aux badigeons épais et aux supports fragiles.

NHL 3,5 est le choix courant pour un corps d'enduit sur maçonnerie ancienne. C'est le compromis le plus fréquent en ravalement de bâti traditionnel.

NHL 5 est la plus résistante et la moins perméable. Elle se réserve aux soubassements, aux ouvrages très exposés et aux zones recevant des projections. L'employer sur une façade courante revient à se rapprocher des inconvénients du ciment sans en avoir les avantages.

La règle qui guide le choix est toujours la même : le mortier doit rester plus tendre que la pierre la plus tendre du mur. Dans un appareillage mixte associant silex, brique ancienne et calcaire, ce n'est pas le silex qui commande, c'est la brique.

Le dosage et le sable

Un mortier de chaux se dose en volume, généralement autour d'un volume de liant pour deux et demi à trois volumes de sable. Un dosage plus riche donne un mortier plus dur, donc moins perméable et plus sujet à la fissuration de retrait.

Le sable pèse au moins autant que le liant dans le résultat final. Sa granulométrie détermine le grain de l'enduit et sa capacité à ne pas fissurer : un sable de granulométrie étalée, comportant des grains de tailles variées, se comporte mieux qu'un sable calibré.

Sa nature détermine la teinte. C'est pourquoi il faut prélever un échantillon du mortier d'origine avant de commander : un sable de carrière gris sur un mur normand hourdé au sable de rivière local donne un résultat gris et mort, techniquement correct et visuellement faux.

Ce que coûte réellement la différence

Il faut être honnête : un enduit traditionnel à la chaux en trois couches coûte plus cher qu'un monocouche projeté. L'écart ne tient pas au prix des matériaux, qui reste modeste dans les deux cas, mais au temps de main-d'œuvre et aux temps d'attente entre les passes.

Ce surcoût s'apprécie sur la durée. Un enduit ciment sur mur ancien produit des désordres à dix ou quinze ans, avec un dégarnissage lourd à la clé et parfois une pierre abîmée. Un enduit à la chaux correctement mis en œuvre sur un support sain se reprend ponctuellement et se patine au lieu de s'écailler.

L'arbitrage n'est donc pas entre « cher » et « pas cher », mais entre deux échéances.

La question à poser à une entreprise

Une seule suffit, et elle est très discriminante : « quelle est la perméabilité à la vapeur du système que vous proposez, et pourquoi celui-là sur mon mur ? »

Une entreprise habituée au bâti ancien répond en parlant du support, de son épaisseur, de son exposition et de son mode constructif. Elle nomme le liant et sa classe. Elle mentionne les trois couches et leurs dosages dégressifs.

Une entreprise qui répond en nommant une marque de produit, sans référence au mur, propose un catalogue.

Ce n'est pas une question de compétence globale : beaucoup d'excellents façadiers sont spécialisés sur le bâti récent, où ces contraintes ne s'appliquent pas. C'est une question d'adéquation entre un savoir-faire et un bâtiment.

Les cas où le ciment reste légitime sur une maison ancienne

Pour finir, il faut nuancer, sous peine de transformer une règle technique en dogme.

Le ciment garde des usages ponctuels, y compris sur du bâti ancien, dès lors qu'il ne ferme pas la face d'évaporation.

Il convient pour un scellement : un appui de fenêtre, un élément de ferronnerie, un ancrage ponctuel. La surface concernée est négligeable au regard du mur.

Il convient pour certains ouvrages enterrés ou en contact permanent avec l'eau, où la résistance prime et où la perspirance n'a pas d'objet.

Il convient enfin pour des reprises structurelles ponctuelles, chaînages ou linteaux, qui relèvent d'une logique mécanique et non d'une logique d'enveloppe.

Ce qui est à proscrire, c'est l'enduit ciment en plein, sur la surface courante d'une façade ancienne. C'est-à-dire précisément l'usage le plus répandu.

Ce qu'il faut retenir

Un mur bâti avant 1948 n'est pas étanche et n'a jamais cherché à l'être. Il gère l'eau en la laissant entrer puis ressortir, et tout son équilibre repose sur la capacité de sa face extérieure à évaporer.

L'enduit qui le recouvre doit donc toujours être plus perméable que le mur, et chaque couche plus maigre que celle qu'elle recouvre.

Le ciment inverse cette logique. Il ne protège pas le mur : il l'enferme avec son humidité et attend. Le résultat est différé de dix à quinze ans, ce qui explique qu'il continue d'être posé — et que les dégâts soient attribués à l'âge du bâtiment plutôt qu'au ravalement qui les a causés.

C'est aussi pourquoi cette question mérite d'être tranchée avant le choix de la teinte, avant celui de la finition, et même avant la comparaison des devis : elle détermine tout le reste, et elle est la seule dont les conséquences soient irréversibles.

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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.