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Perspirance : la seule notion à retenir avant de toucher à un mur ancien

Un mur qui respire n'est pas une image poétique. C'est une propriété physique mesurable, et elle décide de tout.

Doctrine / 9 min de lecture
Détail macro d'un enduit à la chaux, texture ouverte et sableuse
Un enduit à la chaux garde une porosité ouverte : la vapeur d'eau le traverse.

On dit qu'un mur doit respirer. La formule est juste, mais elle est vague, et elle sert à vendre beaucoup de produits qui font l'inverse.

Ce dont on parle a un nom et une unité : la perméabilité à la vapeur d'eau.

Le coefficient Sd

Le Sd exprime la résistance d'un matériau au passage de la vapeur, convertie en une épaisseur d'air équivalente, en mètres. Un Sd de 0,1 m signifie que le revêtement freine la vapeur autant que dix centimètres d'air. Un Sd de 2 m, autant que deux mètres.

Sur un mur ancien, on cherche un revêtement de façade dont le Sd reste faible. En pratique, un enduit à la chaux se situe très bas ; une peinture minérale au silicate reste basse ; une peinture acrylique classique monte nettement ; un revêtement plastique épais monte encore plus haut.

La règle du dégressif, appliquée à la vapeur

La perméabilité doit croître de l'intérieur vers l'extérieur. Autrement dit, la face extérieure du mur doit toujours être la plus ouverte, pour que l'eau qui a traversé puisse sortir.

C'est exactement pourquoi une isolation intérieure mal conçue peut détruire un mur ancien : elle place une barrière côté chaud, refroidit le mur, et l'eau condense dans la maçonnerie.

Ce que ça implique concrètement

  • Sur un mur ancien, un hydrofuge de surface se choisit microporeux, à effet perlant, jamais filmogène.
  • Une peinture de façade se choisit minérale, silicate ou chaux, pas acrylique.
  • Un enduit d'imperméabilisation de classe I4, conçu pour du béton, n'a rien à faire sur une maçonnerie de pierre hourdée à la chaux.

Le test qui ne trompe pas

Versez un verre d'eau sur le mur nu, hors zone humide. Si l'eau perle et coule sans mouiller, il y a déjà un traitement filmogène en place — et c'est peut-être la cause des désordres que vous constatez.

Si elle est absorbée en quelques secondes et que la tache s'estompe en séchant, le mur fonctionne normalement. Ne cherchez pas à l'empêcher.

Les trois façons dont l'eau traverse un mur

Parler de perspirance sans distinguer ces trois modes conduit à des confusions permanentes, notamment à croire qu'un enduit perméable à la vapeur laisse aussi entrer la pluie.

La capillarité. L'eau liquide progresse dans le réseau de pores fins de la maçonnerie, dans toutes les directions, y compris vers le haut. Elle est mue par la tension superficielle : plus les pores sont fins, plus elle monte. C'est le mécanisme des remontées d'humidité, et c'est aussi celui qui permet à un mur mouillé par la pluie de ramener l'eau vers sa surface pour l'évaporer.

La diffusion de vapeur. L'eau à l'état gazeux traverse le matériau, poussée par une différence de pression de vapeur entre les deux faces. C'est un transfert lent, silencieux, et c'est précisément lui que le coefficient Sd décrit. En hiver, la pression de vapeur est plus élevée à l'intérieur qu'à l'extérieur : le flux va du chaud vers le froid, de l'intérieur vers l'extérieur.

La convection. L'air humide passe physiquement à travers un défaut : une fissure, un joint ouvert, un percement mal rebouché, une jonction de menuiserie. Ce transfert-là est sans commune mesure avec les deux autres en volume d'eau déplacée. C'est pourquoi une fissure traversante ruine un raisonnement fondé sur les seuls coefficients de perméabilité.

Un bon revêtement de façade ancienne fait donc trois choses en même temps : il freine l'entrée d'eau liquide par capillarité en surface, il laisse passer la vapeur, et il ne laisse aucun passage d'air. Ce n'est pas contradictoire : les pores qui conduisent la vapeur sont infiniment plus petits que ceux qui conduisent l'eau liquide sous une pluie battante.

Le mur ancien est un tampon, pas une barrière

Un mur contemporain sépare : une face mouillée, une barrière étanche, une face sèche. Un mur ancien fonctionne autrement. Il stocke.

Une maçonnerie de moellon hourdée à la chaux, épaisse de cinquante à quatre-vingts centimètres, absorbe une quantité d'eau considérable pendant un épisode pluvieux, la répartit dans sa masse, puis la restitue par évaporation quand les conditions atmosphériques le permettent. La façade n'est jamais complètement sèche ni complètement saturée : elle oscille.

Ce fonctionnement suppose deux conditions.

La masse. Un mur épais dispose d'un volume de stockage tel que l'eau d'une pluie, même longue, n'atteint jamais la face intérieure. C'est pour cette raison qu'un mur de moellon peut être trempé sur ses dix premiers centimètres extérieurs sans qu'on s'en aperçoive depuis le salon.

La capacité de séchage. L'eau doit pouvoir repartir, et par la face extérieure, qui est la seule à disposer du vent et du soleil.

Quand on supprime la seconde, le tampon se remplit sans se vider. Le processus est lent — plusieurs années — et c'est ce qui rend l'erreur si difficile à imputer : entre la pose de l'enduit ciment et l'apparition des désordres, il se passe assez de temps pour que personne ne fasse le lien.

La vraie question : le bilan entre ce qui entre et ce qui sort

Aucun revêtement n'est bon ou mauvais dans l'absolu. Ce qui compte est le rapport entre la quantité d'eau qu'une façade reçoit et la quantité qu'elle parvient à évacuer.

Trois paramètres pèsent sur ce bilan.

L'exposition à la pluie battante. Une façade sud-ouest, sans écran, en terrain découvert, reçoit un ordre de grandeur d'eau sans rapport avec celui d'une façade est protégée par un bâtiment mitoyen.

La capacité de séchage. Elle dépend du soleil direct, du vent, et de l'hygrométrie ambiante. Une façade nord en fond de vallée ne sèche presque jamais complètement pendant l'hiver.

La protection architecturale. Un débord de toiture généreux, une corniche, des appuis à larmier, un soubassement en pierre dure : ces dispositifs retirent de l'équation une grande part de l'eau avant même qu'elle atteigne le mur.

Deux façades du même bâtiment peuvent ainsi appeler des choix différents. Un ravalement qui applique le même produit sur les quatre faces sans distinction ignore ce bilan.

Sd, µ, épaisseur : lire une fiche technique

La documentation technique d'un produit de façade contient l'information nécessaire, à condition de savoir où regarder.

Le µ (mu) est le facteur de résistance à la diffusion de vapeur du matériau. C'est un nombre sans unité : il indique combien de fois le matériau freine la vapeur davantage que l'air. Il caractérise la matière, indépendamment de l'épaisseur.

Le Sd est le produit du µ par l'épaisseur de la couche, exprimé en mètres d'air équivalent. C'est lui qui décrit le comportement réel de la couche posée sur le mur.

La relation est immédiate : Sd = µ × épaisseur. Un matériau moyennement fermé, posé en couche très mince, peut donner un Sd acceptable ; le même matériau posé en forte épaisseur devient bloquant. C'est exactement le cas des revêtements plastiques épais, souvent désignés par leur abréviation commerciale, dont l'argument est justement l'épaisseur.

Deux conséquences pratiques.

D'abord, un fabricant qui annonce un µ sans donner l'épaisseur d'application ne vous a rien dit. Demandez la consommation au mètre carré et l'épaisseur du film sec.

Ensuite, sur un système multicouche — un fond, un corps, une finition, parfois une peinture — les Sd s'additionnent. Un enduit parfaitement perméable recouvert d'une peinture fermée se comporte comme la peinture. La couche la plus fermée gouverne l'ensemble.

Le piège du mot « respirant »

« Respirant », « microporeux », « perméable à la vapeur » ne sont pas des termes protégés. Ils figurent sur les fiches de produits dont les comportements n'ont rien de commun.

La question à poser est toujours la même : quelle est la valeur Sd du système complet appliqué dans les conditions du chantier ? Une valeur, en mètres. Si personne ne peut la donner, on ne sait pas ce qu'on pose.

Méfiez-vous de trois formulations en particulier.

« Il laisse respirer le mur tout en l'imperméabilisant » : c'est possible pour un hydrofuge de surface qui modifie la tension superficielle sans former de film, ce n'est pas possible pour un revêtement épais.

« Il est perméable à la vapeur et bloque les remontées » : la perméabilité à la vapeur ne bloque rien du tout. Ces deux propriétés n'ont aucun rapport entre elles.

« C'est du D3, c'est ce qui se fait de mieux » : les classifications de revêtements d'imperméabilisation ont été établies pour des supports béton et enduits ciment. Elles décrivent une aptitude à ponter des fissures, pas une compatibilité avec une maçonnerie ancienne.

À l'intérieur aussi

La règle du dégressif ne concerne pas seulement la façade. Sur un mur ancien, la face intérieure est souvent plus fermée que la face extérieure, et personne n'y pense.

Les revêtements intérieurs qui posent problème sont connus : peintures glycérophtaliques anciennes, revêtements muraux vinyliques, dalles de polystyrène, doublages collés avec pare-vapeur, carrelage posé au mortier-colle étanche sur un pied de mur humide.

Le mécanisme est le même que dehors, à ceci près qu'il joue dans l'autre sens. La vapeur d'eau produite dans la maison — respiration, cuisine, douches, séchage du linge — cherche à traverser le mur. Si la face intérieure est fermée, elle ne le traverse pas : elle condense sur la première surface froide qu'elle rencontre, en général l'angle d'un mur nord ou le derrière du doublage.

Le désordre se manifeste alors par des moisissures dans les angles, un revêtement qui se décolle, une odeur. On accuse le mur d'être humide. Il ne l'est pas plus qu'avant : c'est la paroi qu'on a rendue imperméable.

Isolation par l'intérieur : ce qui change vraiment

C'est le sujet sur lequel les erreurs coûtent le plus cher, parce qu'elles sont invisibles et différées.

Isoler un mur ancien par l'intérieur produit trois effets simultanés.

Le mur devient froid. En cessant d'être chauffé par l'intérieur, il perd sa principale source d'énergie de séchage. Sa température moyenne hivernale baisse.

Le point de rosée se déplace. La surface où la vapeur condense se rapproche de l'interface entre l'isolant et la maçonnerie, c'est-à-dire à l'endroit précis où l'on ne peut ni voir ni ventiler.

La capacité de séchage vers l'intérieur disparaît. Le mur ne peut plus évacuer que vers l'extérieur.

Il en découle des exigences précises. Le complexe isolant doit être capillaire — c'est-à-dire capable de reprendre l'eau condensée et de la redistribuer vers des zones plus sèches — et il doit être collé en plein contre la maçonnerie, sans lame d'air non ventilée. La face extérieure doit rester la plus ouverte possible ; isoler par l'intérieur un mur enduit au ciment revient à fermer les deux faces.

Enfin, la ventilation du logement devient une condition, non une option : moins le mur absorbe de vapeur, plus l'air doit l'évacuer.

Ce que la perspirance ne résout pas

Il faut lui rendre ses limites, sinon elle devient un dogme aussi aveugle que ceux qu'elle combat.

Un enduit parfaitement perméable ne traite pas une remontée capillaire. Il permet à l'eau de s'évaporer, ce qui étale le front d'humidité et fait cristalliser les sels dans l'enduit plutôt que sur la pierre. C'est un aménagement du symptôme, utile, mais l'eau continue d'arriver.

Il ne traite pas une infiltration par une fissure traversante, une couvertine défaillante, une descente d'eau qui déborde. Le volume d'eau en jeu n'a aucun rapport avec ce qu'un enduit peut évacuer.

Il ne compense pas un défaut de couverture. Une tuile cassée versant dans un mur apporte en une averse plus d'eau qu'une façade n'en évapore en un mois.

Il ne remplace pas une ventilation intérieure. Un mur perméable participe à la régulation de l'humidité intérieure, il ne suffit jamais à l'assurer.

Et il existe des situations où un traitement peu perméable est justifié : un soubassement en béton, un ouvrage enterré, un mur de bâtiment récent en agglomérés. La perspirance est une exigence du bâti ancien en maçonnerie de pierre ou de brique hourdée à la chaux, pas une loi universelle du bâtiment.

Les vérifications que vous pouvez faire chez vous

Aucune ne demande de matériel, et ensemble elles donnent une image fidèle.

Le test du verre d'eau, correctement conduit. Choisissez trois zones : une en pied de mur, une à mi-hauteur, une sous un appui de fenêtre. Versez lentement l'eau. Notez le temps d'absorption et observez la tache pendant les heures qui suivent. Un mur sain absorbe puis sèche uniformément. Une zone qui refuse l'eau porte un film. Une zone qui l'absorbe mais reste marquée deux jours a un problème d'évacuation.

Le test du film plastique. Scotchez hermétiquement un morceau de film transparent, de la taille d'une feuille, contre le mur intérieur, sur les quatre côtés. Attendez deux ou trois jours. Si des gouttes apparaissent côté pièce, l'humidité vient de l'air intérieur : c'est de la condensation. Si elles apparaissent côté mur, sous le film, l'humidité vient de la maçonnerie.

L'observation après pluie. Photographiez la façade une heure après une pluie battante, puis six heures, puis le lendemain. Les zones qui sèchent en dernier sont celles qui retiennent l'eau, et elles dessinent la carte des points faibles bien mieux qu'un diagnostic visuel par temps sec.

Le tapotement. Un enduit qui sonne creux est décollé de son support. Sur un enduit perméable et bien lié, le son est plein sur toute la surface.

La lecture des mousses. Les mousses s'installent là où le support reste humide. Cartographier les mousses revient à cartographier les zones de séchage insuffisant.

Le vocabulaire à connaître pour lire un devis

Quelques termes suffisent à comprendre ce qu'on vous propose, et à repérer ce qui n'y est pas.

  • Sd : résistance à la diffusion de vapeur, en mètres d'air équivalent. Plus il est bas, plus la couche est ouverte. Doit être fourni pour le système complet.
  • µ : facteur de résistance du matériau, sans unité. Utile seulement avec l'épaisseur.
  • W ou coefficient d'absorption d'eau liquide : décrit la capacité du revêtement à freiner la pluie. Un bon produit de façade ancienne combine un W faible et un Sd faible.
  • Hydrofuge de surface : traitement qui modifie la mouillabilité sans former de film. À distinguer d'un imperméabilisant, qui forme un film.
  • Filmogène : qui crée une pellicule continue. À proscrire sur maçonnerie ancienne.
  • Badigeon, eau forte, lait de chaux : finitions minces à la chaux, parmi les revêtements les plus ouverts qui existent.

Si le devis mentionne un produit sans que sa fiche technique soit annexée, demandez-la. Une entreprise qui travaille correctement l'a sous la main.

En résumé

Un mur ancien gère l'eau en la laissant entrer et en la laissant sortir. La perspirance n'est pas un supplément d'âme : c'est la condition de fonctionnement d'un ouvrage sans coupure de capillarité.

Trois phrases suffisent à s'en souvenir.

La perméabilité doit croître de l'intérieur vers l'extérieur, sans exception.

Sur un système de plusieurs couches, c'est la couche la plus fermée qui commande, et les résistances s'additionnent.

Et un produit dont personne ne peut donner le Sd du système complet ne devrait pas monter sur un mur ancien.

Une dernière remarque, locale celle-là. Dans les fonds de vallée de l'Eure et de l'Iton — Louviers, Acquigny, Pont-de-l'Arche —, la capacité de séchage est structurellement faible : peu de vent, peu de soleil direct, hygrométrie élevée. Le moindre gain de perméabilité y compte davantage qu'ailleurs, et la moindre couche fermée y coûte plus cher qu'ailleurs. Sur le plateau du Neubourg ou autour de Normanville, le mur sèche vite et pardonne davantage. Le même produit n'a donc pas les mêmes conséquences selon l'endroit où on le pose, et c'est encore une raison de se méfier des solutions uniformes.

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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.