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Les murs de clôture : le bâti qu'on oublie et qui tombe le premier

Un mur de clôture ancien n'a ni toit, ni chauffage, ni personne pour le surveiller. Il concentre pourtant toutes les pathologies du bâti ancien, en accéléré.

Terrain / 8 min de lecture
Mur de clôture ancien en moellons, chaperon manquant et ventre visible
Sans chaperon, un mur de clôture perd quelques assises par décennie.
August Kirren, Chief economics commentator

Les murs de clôture sont la partie la plus maltraitée du bâti ancien. On ne les entretient pas parce qu'ils ne protègent rien, on ne les répare que lorsqu'ils sont tombés, et on les reconstruit alors avec les matériaux qu'on a sous la main, généralement les mauvais.

Ils méritent mieux, et pas seulement pour des raisons de paysage. Un mur de clôture ancien est un observatoire : parce qu'il n'a ni toiture, ni chauffage intérieur, ni occupant qui masque les désordres, il montre à l'état pur ce que l'eau fait à une maçonnerie de chaux. Tout ce qu'on y apprend s'applique ensuite aux façades.

Un ouvrage sans aucune protection

Un mur de maison bénéficie de trois protections dont un mur de clôture est privé.

Une toiture avec débord, qui écarte l'eau du haut du mur et abrite la partie supérieure de la façade.

Un chauffage intérieur, qui crée un gradient de température et de pression de vapeur : un mur de maison sèche vers l'intérieur une bonne partie de l'année.

Une face abritée. Une façade a un intérieur ; un mur de clôture a deux extérieurs.

Résultat : un mur de clôture est mouillé par le haut, mouillé sur ses deux faces, mouillé par le sol, et il n'a que la ventilation naturelle pour sécher. Il subit plus de cycles d'humidification et de gel que n'importe quelle façade du même bâtiment, avec les mêmes matériaux.

Cette exposition explique qu'un mur de clôture vieillisse plus vite qu'une maison, et qu'il constitue un excellent indicateur : si le mur de clôture d'une propriété est en bon état, la façade l'est presque toujours aussi.

Le chaperon : la pièce dont tout dépend

S'il ne fallait retenir qu'une chose de tout cet article, ce serait celle-ci : la durée de vie d'un mur de clôture est fixée par son couronnement.

Un mur ancien est composé de deux parements de moellons et d'un remplissage intérieur de pierres et de mortier maigre, appelé blocage. Ce blocage est la partie la plus poreuse et la moins cohésive de l'ouvrage. Quand l'eau entre par le dessus, elle descend directement dedans, lessive le mortier, gèle en hiver, et désorganise l'intérieur du mur sans que rien n'apparaisse à l'extérieur pendant longtemps.

Le chaperon est l'ouvrage qui empêche cela. Il prend des formes variées selon les régions et les époques :

  • Chaperon de pierre, en dalles inclinées à deux pentes ou en dos d'âne, souvent avec un léger débord de part et d'autre.
  • Chaperon de tuiles posées en deux rangs opposés, ou en tuiles plates à recouvrement, sur un lit de mortier.
  • Chaperon de brique en assises inclinées ou en boutisses saillantes formant larmier.
  • Chaperon de mortier simple, en dos d'âne, plus fragile mais réparable.
  • Couvertine rapportée, plus tardive.

Ce qui compte n'est pas la forme mais trois caractéristiques : une pente, pour évacuer ; un débord de part et d'autre du nu des parements, pour que l'eau tombe au sol et non le long du mur ; un rejet d'eau franc, larmier ou arête vive, pour que la goutte se détache au lieu de contourner par capillarité.

Un chaperon sans débord est presque inutile : l'eau évacuée du dessus revient s'écouler sur les parements, et le mur se lave en permanence sur toute sa hauteur.

Quand le chaperon manque, la dégradation est prévisible et régulière : lessivage des joints de la première assise, désorganisation du blocage, chute des pierres de couronnement, et progression vers le bas d'une ou deux assises par décennie selon l'exposition.

Les autres causes de ruine

Le pied enterré. Un mur de clôture ancien a été bâti sur un sol dont le niveau a souvent monté : remblais, terre de jardin accumulée, enrobé d'accès, feuilles et compost du côté du talus. Le pied se retrouve enterré, il ne peut plus sécher, il se gorge et il gèle. C'est la seconde cause de ruine, et elle se corrige simplement en dégageant.

La poussée des terres. Beaucoup de murs de clôture anciens sont, sans qu'on l'ait voulu, devenus des murs de soutènement : le terrain d'un côté est plus haut que de l'autre, par accumulation ou par nivellement. Un mur bâti pour clôturer n'est pas dimensionné pour retenir. Il se ventre, se déverse, puis casse. Le renflement dans le tiers supérieur, visible en se plaçant à l'extrémité du mur et en regardant le long du parement, est le signe caractéristique.

Le drainage inexistant. Un mur qui retient de la terre doit laisser passer l'eau qui s'accumule derrière lui, faute de quoi la pression hydrostatique s'ajoute à la poussée du sol. Les murs anciens en étaient dispensés parce que leur maçonnerie à la chaux était perméable. Un enduit ciment sur la face aval supprime cette évacuation et transforme le mur en barrage.

Les racines. Un arbre planté trop près, une haie ancienne, du lierre installé. Les racines s'insinuent dans les joints, grossissent, et écartent la maçonnerie. Elles apportent aussi de l'humidité permanente au pied.

Le lierre. Le sujet est discuté et mérite une réponse nuancée. Sur un mur en bon état, avec un chaperon efficace et des joints pleins, le lierre a un effet protecteur réel : il abrite le parement de la pluie battante et amortit les écarts de température. Sur un mur dont les joints sont ouverts, il est destructeur : ses crampons s'ancrent dans les vides, les élargissent, et sa masse végétale, gorgée d'eau, augmente la charge et retient l'humidité. La règle pratique est simple : si les joints sont pleins, on peut laisser en surveillant le couronnement ; s'ils sont ouverts, on retire, mais progressivement et en réparant au fur et à mesure.

Les chocs. Un mur de clôture longe souvent une voie. Un véhicule, un engin agricole, une remorque suffisent à déstabiliser une portion, et le désordre s'étend ensuite.

Le rejointoiement au ciment. On y revient, mais sur un mur de clôture l'effet est plus rapide qu'ailleurs, puisque le mur est mouillé sur deux faces et n'a aucune autre voie de séchage.

Lire un mur avant de décider

Un examen sérieux ne prend pas plus d'une heure, et il évite de reconstruire ce qui n'avait pas besoin de l'être.

Regarder le long du mur. On se place à une extrémité, l'œil au ras du parement, et on suit la ligne. Les déformations apparaissent immédiatement : ventre, déversement, décrochement, affaissement local. Une déformation nette est un problème de structure ; un mur bien droit qui a perdu des joints est un problème d'entretien.

Vérifier l'aplomb. Un fil à plomb à plusieurs points le long du mur. Un déversement régulier sur toute la longueur signale une poussée générale ; un déversement localisé signale une cause ponctuelle — un arbre, une fuite, une reprise ratée.

Examiner le couronnement sur toute sa longueur. C'est le poste principal. Chaperon absent, dalles descellées, tuiles cassées, mortier de calage lessivé, végétation installée dans le couronnement.

Sonder les joints. À la pointe. Un joint qui se creuse facilement sur plusieurs centimètres est un joint lessivé : la première assise sous le couronnement est presque toujours la plus atteinte.

Regarder le pied des deux côtés. Niveau du terrain de part et d'autre, présence de remblais, végétation plaquée, écoulements. Un mur dont le pied est enterré d'un côté et dégagé de l'autre travaille en permanence.

Chercher les fissures verticales. Sur un mur long, elles marquent souvent des reprises de construction ou des mouvements de sol différentiels. Une fissure verticale franche, ouverte de haut en bas, sépare le mur en deux ouvrages indépendants qui vont désormais bouger séparément.

Réparer, dans l'ordre des priorités

L'ordre compte, parce qu'un mur réparé par le bas alors que son couronnement fuit est un mur qu'on refera.

1. Rétablir le couronnement. Avant tout le reste. Remise en place ou reconstitution du chaperon, avec pente, débord et rejet. Si le chaperon d'origine a disparu et qu'on ne sait pas ce qu'il était, on regarde les murs voisins du même âge : dans un même bourg, les solutions sont homogènes.

2. Dégager le pied. Retirer les terres accumulées, rétablir un niveau plus bas que le pied du parement, créer une bande drainante ou simplement une pente qui écarte l'eau. C'est l'intervention la moins coûteuse et l'une des plus efficaces.

3. Rejointoyer, et seulement ce qui doit l'être. Dégarnissage manuel des joints lessivés, dépoussiérage, humidification, garnissage au mortier de chaux serré en deux passes plutôt qu'une. Le mortier doit rester plus tendre que la pierre, et le joint doit être laissé légèrement en retrait, en aucun cas en saillie et en aucun cas beurré sur les pierres.

4. Reprendre les déformations, si elles sont actives. Un ventre stabilisé depuis des décennies peut se laisser en place et se surveiller. Un ventre qui progresse doit être démonté et remonté sur la hauteur concernée, avec récupération des pierres. On ne redresse pas une maçonnerie de moellons : on la démonte et on la remonte.

5. Traiter la poussée des terres, si le mur en subit une. Décaissement du côté haut, mise en place d'un drainage derrière le mur, ou construction d'un ouvrage de soutènement indépendant. Renforcer le mur lui-même est rarement la bonne réponse : il vaut mieux supprimer la poussée que résister à une poussée qui augmentera.

Démonter et remonter : la méthode

C'est le geste central de la restauration d'un mur de clôture, et il est à la portée d'un amateur patient sur une hauteur limitée.

Repérer avant de démonter. Photographier le parement, noter l'appareillage, la taille des assises, les pierres particulières, la position des boutisses — ces pierres longues qui traversent le mur et lient les deux parements. C'est ce repérage qui permettra de remonter un mur ressemblant.

Démonter en descendant. On enlève les pierres une à une, on les trie et on les range dans l'ordre, on met de côté les pierres de parement et les boutisses. On descend jusqu'à retrouver une assise saine et de niveau.

Nettoyer les pierres. Le mortier ancien se retire à la brosse et au marteau léger. On ne pique pas les pierres.

Remonter avec un mortier de chaux. Assises les plus régulières possibles, pierres posées sur leur lit, joints croisés, boutisses réparties régulièrement pour lier les deux parements — c'est ce qui donne sa cohésion au mur. Le blocage central se garnit au fur et à mesure, avec les petites pierres et le mortier, sans laisser de vide.

Ne pas monter trop haut par jour. Un mortier de chaux met du temps à prendre. Monter plusieurs assises d'un coup écrase les joints inférieurs et fait fluer l'ouvrage.

Refaire le couronnement en dernier, et le protéger pendant la prise.

Ce qu'il ne faut pas faire

  • Couler un chaînage béton en tête pour tenir un mur ancien. On ajoute une pièce rigide et lourde sur une maçonnerie souple, et on crée un plan de rupture juste en dessous.
  • Enduire au ciment l'une des deux faces. Le mur ne sèche plus que d'un côté, et le côté enduit se décolle en emportant le parement.
  • Rejointoyer à la disqueuse. Sur un mur de moellons irrégulier, le disque entame les pierres à chaque joint.
  • Remplacer les pierres par des blocs de béton dans la partie basse « puisque ça ne se voit pas ». La différence de comportement à l'eau crée un plan de faiblesse permanent.
  • Poser une couvertine sans débord, plaquée au nu du mur. Elle protège le dessus et lave les parements.
  • Traiter le lierre à la racine et laisser la masse en place. Les crampons d'un lierre mort restent, sèchent et se détachent avec le joint qu'ils tenaient. On dépose progressivement.

Ce que la région montre

Les murs de clôture racontent la géologie locale mieux que les façades, parce qu'ils ont été bâtis avec ce qu'on ramassait sur place.

Sur les plateaux du Neubourg et de Normanville, les murs de clôture des corps de ferme sont en silex ramassé au champ, avec des chaînages et des couronnements en brique. Le silex ne s'altère pas ; tout se joue sur le mortier et sur le couronnement de brique, qui est la pièce faible.

À Damville et dans la vallée de l'Iton, les murs mêlent silex, calcaire et brique, avec des chaperons de tuiles. Le désordre courant est la disparition des tuiles de couronnement, suivie du lessivage rapide des premières assises.

À Conches-en-Ouche et à Breteuil, les murs de grison marquent le paysage. Le grison altéré étant sensible, un couronnement défaillant produit une dégradation rapide et très visible, avec un délitement caractéristique de la pierre en feuillets rouille.

À Anet, où le secteur est protégé, les murs de clôture participent à la composition urbaine et leur reprise relève d'un examen préalable : c'est un des rares endroits de la zone où l'on ne peut pas refaire un couronnement au hasard.

À Acquigny et à Pacy-sur-Eure, en fond de vallée, les murs de clôture bordant les jardins subissent une humidité constante en pied : le dégagement du pied y produit plus d'effet que n'importe quelle réparation de parement.

Les murs de clôture et le voisinage

Un mur de clôture appartient à quelqu'un, et souvent à deux personnes à la fois. C'est un point pratique qui décide de beaucoup de chantiers.

Un mur peut être privatif, appartenant à un seul fonds, ou mitoyen, appartenant aux deux propriétaires riverains qui en partagent l'entretien. La forme du couronnement est traditionnellement l'indice le plus lisible : un chaperon à deux pentes égales, déversant des deux côtés, indique en général la mitoyenneté ; un chaperon à une seule pente, déversant d'un seul côté, désigne le fonds propriétaire, qui est celui vers lequel l'eau ne tombe pas. Ce n'est pas une preuve, mais c'est une présomption sérieuse, et elle explique pourquoi il ne faut jamais modifier la forme d'un chaperon sans y réfléchir.

Cela a une conséquence technique directe : refaire un couronnement à une seule pente sur un mur qui en avait deux, ou l'inverse, revient à déplacer l'eau chez le voisin et à changer la lecture de l'ouvrage. Sur un mur ancien, on relève ce qui existe avant de déposer, et on le reconstitue.

Une seconde conséquence concerne l'entretien : sur un mur partagé, le couronnement est l'ouvrage commun par excellence, et c'est aussi celui qu'aucun des deux riverains ne se sent tenu de refaire. C'est la raison pour laquelle les murs mitoyens sont, dans la pratique, ceux qu'on trouve le plus souvent découronnés.

L'entretien courant, en trois passages par an

Un mur de clôture entretenu ne coûte presque rien. Trois tournées suffisent.

Au printemps, on inspecte le couronnement après l'hiver : tuiles déplacées, dalles descellées, mortier lessivé, végétation installée. On reprend immédiatement ce qui a bougé.

En été, on maîtrise la végétation : on coupe ce qui pousse dans le mur, on écarte les haies plaquées, on maintient le pied dégagé et ventilé. C'est la saison où le mortier de reprise prend le mieux, à condition de ne pas travailler en plein soleil.

À l'automne, on dégage les feuilles et la terre accumulées au pied, des deux côtés, et on vérifie que l'eau de ruissellement ne s'oriente pas vers le mur. C'est le geste qui décide de l'état du pied de mur au sortir de l'hiver.

Ce qu'il faut retenir

Un mur de clôture ancien tombe pour une raison principale et une seule : l'eau entre par le haut. Tout le reste — joints ouverts, pierres qui bougent, ventre, chute — en découle.

Rétablir un couronnement correct, dégager le pied et rejointoyer à la chaux suffit à remettre en service la plupart des murs qu'on juge perdus, et cette réparation est infiniment moins coûteuse qu'une reconstruction.

Un mur de clôture n'a pas de toit. C'est pour cela qu'il faut lui en donner un, même large de quelques centimètres.
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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.