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Rugles : reconnaître un mortier de forge dans un mur de la Risle

À Rugles, des murs contiennent scories et fines de forge. Les reconnaître à l'œil et à la pointe, comprendre le mur, choisir le mortier de reprise.

Matériaux / 8 min de lecture
Détail d'un mur de moellons où des blocs de scorie vitreuse noire alternent avec du silex et du grison, joints de chaux gris foncé
Sur une cassure fraîche, une scorie de forge se reconnaît à son éclat vitreux et à ses bulles rondes, que ni le grison ni le mâchefer ne présentent.
August Kirren, Chief economics commentator

À Rugles, dans le fond de vallée de la Risle, il arrive qu'un mur ancien ne se comporte pas comme un mur de moellons ordinaire. On gratte un joint qui devrait être un mortier de chaux et de sable, et il en sort une poudre grise foncée, presque noire, piquée de petits éclats durs qui brillent à la lumière rasante. On dégage un moellon, et ce n'est ni du silex, ni du calcaire, ni du grison : c'est une masse sombre, lourde, bulleuse, qui sonne comme du verre quand on la frappe. Ces murs existent dans les bourgs de la vallée, où le travail du fer a laissé des résidus disponibles en grande quantité et gratuits. Ils se réparent très bien — à condition de les avoir identifiés avant de commander le mortier.

Cet article ne raconte l'histoire d'aucune maison en particulier. Il donne les signes qui permettent de dire, sur son propre mur, si la charge est un résidu de forge, ce que cette charge fait au comportement du mur, et quel mortier de reprise lui convient.

Un mortier chargé de résidus de forge : de quoi on parle exactement

Le terme couvre en réalité trois situations différentes, qu'il faut séparer dès le départ parce qu'elles ne se réparent pas de la même manière.

Premier cas : la scorie employée comme moellon. Des blocs de laitier refroidi, parfois gros comme deux poings, ont été montés dans le mur au même titre que des pierres, souvent en garnissage de blocage entre deux parements, parfois en parement franc dans des murs de dépendance, de clôture ou d'appentis. Ils sont durs, denses, irréguliers, et ils n'ont aucun lit de pose naturel.

Deuxième cas : le résidu utilisé comme sable. Le mortier lui-même a été chargé avec des fines issues de l'atelier — scorie concassée, battitures, poussières de meulage — en remplacement partiel du sable de rivière. Le joint est alors noir ou gris ardoise dans la masse, et pas seulement en surface.

Troisième cas : le mâchefer de combustion. Ce n'est pas un résidu de forge à proprement parler, mais un déchet de foyer : charbon brûlé, cendres agglomérées, escarbilles. On le trouve en remplissage de planchers, en hourdis, en soubassement de dépendance, parfois mélangé au mortier. Il ressemble à une scorie pour l'œil pressé, et c'est celui qui pose le plus de problèmes.

La distinction n'est pas académique. Un laitier de forge est un matériau vitrifié, chimiquement calme, qui vieillit bien dans un mur. Un mâchefer de charbon peut contenir des sulfates et des imbrûlés, et il réagit mal au contact d'un liant riche en aluminates. Les confondre, c'est risquer de refaire un joint qui gonflera.

Règle de départ : tant qu'on n'a pas ouvert un fragment et regardé la cassure fraîche, on ne sait pas ce qu'on a. La surface d'un mur ancien ment presque toujours.

Reconnaître la charge à l'œil

L'identification se fait sur une cassure fraîche, jamais sur une face exposée depuis un siècle. Prélever un petit fragment déjà descellé — jamais un élément qui participe à la stabilité — et le casser au marteau sur une pierre plate suffit.

La scorie de forge : ce que montre une cassure fraîche

Une scorie de forge présente une combinaison de signes qui, prise ensemble, ne trompe pas.

  • La couleur : gris très foncé à noir, parfois bleutée, parfois brun-vert bouteille en tranche mince. À la loupe, la matière est homogène, pas granuleuse.
  • L'aspect vitreux : la cassure est lisse, luisante, souvent conchoïdale — elle part en coquille, comme un éclat de bouteille épaisse. C'est le signe le plus discriminant.
  • Les bulles : des vacuoles rondes ou ovales, de la tête d'épingle au centimètre, figées dans la masse. Elles témoignent d'un matériau qui a été liquide puis refroidi.
  • Le poids : à volume égal, une scorie pèse nettement plus lourd qu'un silex ou qu'un calcaire. Soupeser deux fragments de taille comparable dans les deux mains donne une réponse immédiate.
  • Le son : frappée avec le manche d'un marteau, elle rend un son clair, presque métallique, très différent du son mat d'un calcaire tendre.
  • Les coulures : certains blocs gardent la forme du liquide qui s'est écoulé, avec un dessus lisse arrondi et un dessous rugueux qui a épousé le sol.

Les fines noires dans le liant, et ce qu'elles font à la teinte

Quand le résidu a servi de sable, le diagnostic se fait sur le joint lui-même. Gratter au triangle sur un centimètre et observer la poudre récoltée dans le creux de la main.

Un mortier de chaux et de sable de rivière donne une poudre claire, beige à grise, dans laquelle on distingue des grains transparents ou blonds. Un mortier chargé de résidus donne une poudre plus sombre, mate, dans laquelle brillent de petits points noirs anguleux. Étalée sur une feuille de papier blanc, la différence saute aux yeux.

Un signe complémentaire : les battitures, ces écailles d'oxyde qui sautent du fer chaud sous le marteau. Elles se présentent en très petites paillettes plates, noir bleuté, avec un reflet gras. Dans un joint, elles apparaissent comme des micro-écailles qu'on peut détacher à l'ongle et qui laissent une trace brune sur les doigts humides.

La teinte du joint pose ensuite une question de raccord dont il faut être conscient avant de commander quoi que ce soit. Un mortier chargé de fines noires n'a pas la couleur d'un mortier de chaux standard, et aucun sable du commerce ne la reproduira spontanément. La couleur d'un mortier vient de sa charge, pas de son liant : c'est le sable, ici remplacé en partie par du résidu, qui décide de la valeur finale.

Trois matières qu'on confond avec une scorie

Le grison. C'est le piège local le plus fréquent, parce que le sud de l'Eure en est plein et qu'il est ferrugineux, donc roux et lourd. Mais le grison est un grès à ciment de fer : sa cassure est granuleuse, on y voit les grains de sable soudés, et elle est mate, jamais vitreuse. Il n'a pas de bulles rondes, il a des vides irréguliers entre grains. Sa couleur va du rouille au brun-violacé, pas au noir. Le distinguer proprement évite une erreur de mortier complète : le comportement des deux matériaux n'a rien de commun, et le grison mérite sa propre méthode de reprise.

Le silex brûlé. Un silex passé au feu devient gris pâle à blanchâtre, se craquelle en écailles et perd sa translucidité. Il reste léger et sa cassure garde le tranchant caractéristique du silex. Rien à voir avec la lourdeur d'une scorie.

Le mâchefer. C'est la confusion la plus lourde de conséquences. Le mâchefer de charbon est poreux, spongieux, léger, gris à gris-rouille, avec des cavités anguleuses et non des bulles rondes. Il s'effrite entre les doigts sous une pression ferme, ce qu'une scorie vitrifiée ne fait jamais. Il laisse souvent une poussière qui salit la main, avec parfois une odeur soufrée quand on l'humidifie. Un fragment qui casse facilement et flotte presque dans la main n'est pas un laitier de forge.

L'essai à la pointe : quatre gestes qui départagent

Aucun de ces gestes ne suffit seul. Les quatre ensemble donnent une conclusion solide, et ils se font en une demi-heure avec ce qu'on a déjà dans un atelier.

Le grattage. Passer la pointe d'un triangle de maçon ou d'un clou d'acier sur la face fraîche. Une scorie vitrifiée résiste : la pointe glisse, ou raye à peine, et c'est plutôt l'acier qui laisse une trace grise métallique sur la surface. Un mâchefer, lui, se creuse sans effort. Un grison se creuse aussi, mais en libérant des grains de sable qu'on sent rouler sous le doigt.

L'aimant. Un aimant de récupération un peu puissant, passé sur la poudre de grattage étalée sur du papier, attire les particules ferreuses. Les battitures répondent franchement — elles bondissent littéralement vers l'aimant. Les laitiers répondent faiblement et de façon irrégulière, selon leur teneur en oxydes de fer. Un calcaire, un silex, un sable de rivière ne répondent pas du tout. Une réaction magnétique nette sur la poudre d'un joint est un indice fort de charge métallurgique.

L'acide dilué. Quelques gouttes de vinaigre blanc, ou d'esprit-de-sel très dilué, sur un fragment détaché — jamais sur le mur en place, où l'on ne fait que le tacher. La chaux du liant mousse et pétille. Les grains de scorie, eux, ne réagissent pas : ils restent inertes au fond de la mousse. On voit donc bouillonner la matrice pendant que la charge reste immobile, et cela sépare visuellement le liant de la charge, ce qui est exactement ce qu'on cherche à savoir.

Le trait sur biscuit. Frotter le fragment sur un tesson de terre cuite non émaillée, le dessous d'un pot de fleurs par exemple. Le laitier laisse un trait gris-noir à brun-noir. Le grison laisse un trait franchement rouille. Un calcaire laisse un trait blanc ou rien.

Ces gestes sont l'application locale d'un principe général : on ne commande pas un mortier sans avoir identifié ce qu'il doit rejoindre. La démarche complète est détaillée dans reconnaître les pierres de sa région avant de commander un mortier.

Ce que ces charges changent au comportement du mur

Un mur chargé de résidus de forge n'est pas un mur malade. Il a simplement des particularités qu'il faut connaître avant d'y toucher, et deux d'entre elles décident du mortier de reprise.

L'eau, le fer et les taches qui reviennent

Une scorie n'est pas poreuse comme une pierre calcaire. L'eau ne la traverse pas : elle la contourne. Dans un mur mixte, où alternent moellons de pierre, blocs de laitier et joints, cela crée une hétérogénéité de circulation. L'humidité qui arrive au mur — par la pluie battante, par un défaut de rejet d'eau, par le pied — cherche le chemin le plus perméable. Ce chemin, ce sont les joints et les pierres tendres. Résultat pratique : dans ces murs, les joints travaillent plus que dans un mur homogène, et ce sont eux qui s'usent en premier. Un joint dur et étanche y aggrave tout, parce qu'il ferme le dernier passage disponible.

Deuxième conséquence : le fer résiduel contenu dans les scories et les battitures s'oxyde lentement au contact de l'eau. Cela donne les coulures rousses qu'on voit descendre sous certains blocs, et parfois des auréoles brunes dans un enduit clair repassé par-dessus. Ces taches ne sont pas un désordre structurel, mais elles reviennent : repeindre ou enduire en clair par-dessus sans traiter l'arrivée d'eau, c'est programmer leur réapparition en deux ou trois hivers. Le mécanisme est le même, en plus lent et plus diffus, que celui des ferrures scellées dans la pierre qui font éclater le support en rouillant.

Le gel et l'épiderme du joint

En fond de vallée, l'air froid stagne les nuits claires et l'humidité relative reste élevée une bonne partie de l'année. Un joint gorgé d'eau en décembre gèle plus souvent qu'un joint de coteau exposé au vent.

Ce que la charge de forge change ici : un mortier chargé de fines très fermées est moins ouvert qu'un mortier de chaux et de sable siliceux. Il retient l'eau plus longtemps et la restitue plus lentement. En pratique, il faut donc que le mortier de reprise soit plus ouvert que l'ancien, pas moins, sous peine de piéger l'eau derrière une peau plus fermée. C'est le raisonnement inverse de celui qu'on tient spontanément, où l'on cherche à « protéger » en durcissant.

Troisième point, souvent ignoré : là où la charge est du mâchefer de charbon et non du laitier, il peut subsister des sulfates. Au contact d'un liant riche en aluminates — un ciment Portland ordinaire, un mortier bâtard — ces sulfates peuvent alimenter des réactions expansives qui font gonfler et pulvériser le joint. Ce risque, à lui seul, condamne le ciment sur ces murs, indépendamment de tous les arguments de perspirance.

Le mortier de réparation qui convient

Le principe tient en une phrase : plus tendre que ce qu'il rejoint, plus ouvert que ce qu'il remplace, et de la même famille chimique que l'existant.

Concrètement, cela veut dire un liant de chaux. Reste à choisir lequel, et le fond de vallée impose ses conditions : humidité ambiante élevée, séchage lent, saison de chantier plus courte qu'en plateau. Une chaux aérienne pure y carbonate très lentement et reste vulnérable longtemps après la pose. Une chaux hydraulique naturelle de résistance modérée donne une prise plus fiable dans ces conditions, sans monter à une dureté qui écraserait les moellons tendres du mur. Le raisonnement complet, avec ses cas limites, est dans chaux aérienne ou hydraulique : quel liant pour quel mur ancien.

Pour la charge, trois options, par ordre de préférence.

  • Un sable local de rivière, bien gradué, avec des grains de plusieurs calibres, lavé. C'est la base. Un sable trop fin et trop régulier donne un mortier qui fend au séchage.
  • Un complément de fines sombres si le raccord de teinte l'exige : une petite proportion de scorie concassée et tamisée, prélevée sur le chantier même quand il y a des blocs cassés à récupérer, lavée soigneusement pour retirer les poussières solubles. Cette solution donne le meilleur raccord parce que la charge est exactement celle d'origine.
  • Un pigment minéral d'oxyde, en dernier recours et en très faible dose, pour rattraper une différence de valeur. Un pigment ne remplace pas une charge : il colore le liant, ce qui n'a pas le même rendu en lumière rasante.

Ce qu'il ne faut jamais introduire : de la cendre de foyer, du mâchefer non lavé, des résidus de meulage récents chargés d'huile. Ce sont des matières solubles, sulfatées ou grasses, qui compromettent la prise.

Ajouter à la chaux une charge choisie pour lui donner une propriété précise n'a rien d'une bricole : c'est une pratique ancienne, dont le mortier de tuileau est l'exemple le plus connu. La condition est toujours la même : on sait ce qu'on ajoute, et on le lave avant.

Rejointoyer un mur chargé : ce qui change dans la méthode

La méthode générale reste celle d'un rejointoiement ordinaire, avec quatre adaptations propres à ces murs.

Le dégarnissage se fait à la main. La disqueuse est particulièrement destructrice ici : les blocs de laitier sont plus durs que le disque ne le suppose, l'outil ricoche, et il entaille les moellons tendres voisins. Un grattoir, un burin fin, une gouge de maçon, et de la patience. On dégarnit sur deux à trois fois la largeur du joint en profondeur, jusqu'à trouver un mortier sain qui ne se laisse plus attaquer à la pointe.

Le dépoussiérage est plus long qu'ailleurs. Les fines noires d'un vieux mortier s'accrochent et forment une pellicule qui empêche l'accroche du mortier neuf. Brosse de chiendent, soufflette d'air, puis humidification abondante à basse pression. On refait un passage : ce qui ressort de gris à la deuxième brosse était encore là à la première.

L'humidification est essentielle et se fait en deux temps. La veille, puis une heure avant la pose. Le support doit être humide à cœur mais mat en surface au moment où le mortier arrive. Un support sec pompe l'eau du mortier et le grille ; un support ruisselant délave le liant.

Le serrage se fait en deux passes. Un mortier de chaux posé en une seule couche épaisse dans un joint profond retire et fissure. On remplit d'abord au fond, on laisse raffermir, on finit ensuite au nu souhaité. Le joint est ensuite serré à la truelle langue-de-chat puis, une fois qu'il a tiré, brossé à la brosse souple pour faire ressortir le grain de la charge. C'est ce brossage qui donne l'aspect « ancien », pas un additif.

La cure compte double en fond de vallée : protection contre le soleil direct et le vent d'ouest, humidification légère plusieurs jours, bâche à distance et non plaquée contre le mur. Toutes ces séquences sont détaillées dans la méthode complète de rejointoiement et ses quatre fautes courantes.

Les erreurs qu'on voit le plus souvent sur ces murs

Prendre la scorie pour un défaut et vouloir la retirer. Un bloc de laitier bien enfermé dans un mur y joue le même rôle mécanique qu'une pierre. Le déchausser pour le remplacer par un parpaing crée un point dur et un vide de calage. On ne remplace un bloc que s'il est descellé ou fracturé de part en part.

Enduire au ciment pour « bloquer » les taches de rouille. L'enduit ciment ne bloque rien : il déplace le problème derrière une peau étanche, où l'humidité s'accumule et fait sauter la peau en plaques quelques hivers plus tard. Sur un mur chargé de sulfates, il peut en plus gonfler de l'intérieur.

Nettoyer au jet haute pression pour retrouver la couleur d'origine. Sur un mur mixte pierre-scorie, la pression attaque le mortier et les moellons tendres bien avant de nettoyer le laitier, qui est le plus dur. On creuse les joints et on ne gagne rien en propreté.

Traiter le mur comme un mur de torchis ou de pan de bois voisin. Le Pays d'Ouche mélange les systèmes constructifs sur quelques centaines de mètres, et une même propriété peut réunir un corps de logis à pans de bois et une dépendance en moellons chargés. Les deux ne se réparent pas pareil, et un mortier calé sur la dépendance en moellons n'a rien à faire dans un remplissage de pan de bois.

Ce qui se vérifie avant de commander

Un point administratif d'abord, parce qu'il change la nature du chantier et qu'il ne se devine pas : l'existence éventuelle d'une servitude ou d'un avis à demander sur votre parcelle se vérifie au service urbanisme de la mairie, avant de commander le moindre matériau. Une commune dotée d'un centre ancien *peut* être concernée par des règles d'aspect ou par un avis extérieur, sans que cela soit vrai partout ni de la même façon d'une rue à l'autre. Les questions utiles à poser au guichet sont précises :

  • Ma parcelle est-elle concernée par une protection ou un périmètre particulier, et lequel ?
  • Un rejointoiement ou une réfection d'enduit relève-t-il ici d'une déclaration préalable ?
  • Existe-t-il des prescriptions d'aspect applicables à mon secteur, et où puis-je les consulter par écrit ?
  • Si un avis extérieur est requis, quel est le délai à prévoir avant démarrage ?

La réponse conditionne le calendrier bien plus que la technique. Un chantier de chaux se cale sur une fenêtre météo, et une fenêtre manquée en attendant une réponse repousse le chantier d'une saison entière.

Côté technique, trois vérifications supplémentaires avant de commander :

  • L'arrivée d'eau. Descentes d'eau pluviale, rejets d'appui, débord de toiture, niveau du terrain contre le mur. Rejointoyer un mur qui reçoit une gouttière percée, c'est refaire le même travail dans trois ans.
  • La nature exacte de la charge, avec les quatre essais décrits plus haut, notés et photographiés. C'est ce qui permet de discuter concrètement avec un artisan plutôt que de lui laisser deviner.
  • La zone d'essai. Un mètre carré de joints refaits, laissé sécher plusieurs semaines avant de valider la teinte. Un mortier de chaux s'éclaircit fortement en séchant, et un mortier chargé de fines noires plus encore que les autres, parce que l'écart entre matière humide et matière sèche y est maximal.

Sur le prix, il n'y a pas de règle transposable, mais il y a une mécanique constante : ce qui coûte cher sur ces murs n'est pas le matériau, c'est le temps de dégarnissage manuel et le nombre de passes. Un mur mixte, avec des blocs durs et des moellons tendres, demande un travail plus lent au mètre carré qu'un mur homogène. C'est ce poste-là qu'il faut faire détailler dans un devis, en heures et en mètres carrés, plutôt que de comparer des totaux.

Questions fréquentes

Un mortier noir dans un mur ancien, c'est forcément du ciment ?

Non, et c'est la confusion la plus courante. Un mortier de ciment est gris uniforme, très dur, et il se casse en morceaux nets qui sonnent plein. Un mortier de chaux chargé de fines de forge est plus tendre sous la pointe, sa poudre est piquée de points brillants anguleux, et il mousse au vinaigre alors que la charge reste inerte. La différence se fait en deux minutes avec un clou et quelques gouttes de vinaigre blanc.

Faut-il retirer les blocs de scorie d'un mur avant de le réparer ?

Non, sauf s'ils sont descellés, fendus de part en part ou en surplomb dangereux. Un laitier vitrifié est un matériau stable et durable, souvent plus résistant que les pierres qui l'entourent. Le retirer crée un vide qu'il faudra recaler et un point dur si on le remplace par un matériau moderne. La règle vaut pour tout matériau de remploi présent dans un mur ancien : on conserve ce qui tient.

Peut-on réutiliser la scorie trouvée sur place comme charge du mortier neuf ?

Oui, à trois conditions. Elle doit être concassée puis tamisée pour obtenir plusieurs calibres, lavée abondamment pour éliminer fines solubles et poussières, et il doit s'agir d'un vrai laitier vitrifié, pas de mâchefer de foyer. Employée ainsi, en complément d'un sable de rivière et non à sa place, elle donne le meilleur raccord de teinte possible, parce que c'est la charge d'origine.

Les coulures rouille sur le mur vont-elles revenir après réparation ?

Elles reviendront si l'eau revient. L'oxydation du fer résiduel a besoin d'humidité pour progresser ; tant qu'un défaut de rejet d'eau alimente le mur, la tache se reformera au même endroit. Traiter l'arrivée d'eau d'abord, refaire les joints ensuite, et accepter qu'une patine légère fasse partie de l'aspect normal de ces murs. Vouloir un mur immaculé sur un support chargé de fer conduit à des traitements de surface qui font plus de dégâts que la tache.

Comment savoir si c'est de la scorie de forge ou du mâchefer de charbon ?

Le poids et la cassure tranchent. La scorie est lourde, dense, vitreuse, avec des bulles rondes et une cassure lisse en coquille. Le mâchefer est léger, spongieux, avec des cavités anguleuses, et il s'effrite sous une pression ferme des doigts. En cas de doute persistant, le mâchefer salit la main d'une poussière grise et dégage parfois une odeur soufrée à l'humidification, ce qu'un laitier ne fait jamais. La réponse compte : c'est le mâchefer, pas le laitier, qui interdit absolument tout liant de la famille du ciment.

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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.