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L'outillage du rejointoiement : fer à joint, brosse et langue de chat

Quels outils pour rejointoyer un mur ancien : fers à joint selon la largeur, langue de chat, brosses selon la pierre, et les machines qui abîment.

Technique / 8 min de lecture
Fers à joint de largeurs différentes, langues de chat, brosses et seau posés devant un mur de moellons calcaire
Un jeu de fers de plusieurs largeurs, deux langues de chat et des brosses de duretés différentes : l'essentiel de l'outillage d'un rejointoiement à la chaux.

Pour rejointoyer un mur ancien, l'outillage utile tient dans un seau : un jeu de fers à joint de plusieurs largeurs, une ou deux langues de chat, une truelle à langue de chat ou une petite truelle berthelet pour charger, un grattoir et un ciseau à dégarnir, deux ou trois brosses de duretés différentes, un pulvérisateur, une éponge, un seau d'eau propre et une auge. Rien d'autre n'est indispensable. Le reste — machines, disques, aspirateurs — se discute au cas par cas, et se discute surtout dans l'autre sens : la question n'est pas ce qu'ils font gagner, mais ce qu'ils risquent de casser.

La règle qui commande tout ce choix est simple. L'outil doit être plus tendre que la pierre, et adapté à la largeur du joint. Un fer trop large mord les arêtes, un poil trop dur raye le calcaire, une machine trop rapide creuse la pierre au lieu du mortier. Sur un mur ancien, les dégâts d'outillage ne se rattrapent pas : une arête écornée le reste, une pierre rayée garde sa trace. Le mortier, lui, se refait. C'est pour cela qu'on choisit ses outils en fonction du support et non de son confort de travail.

Ce que fait vraiment un fer à joint

Un fer à joint ne remplit pas le joint. Il le serre. Le mortier est mis en place à la truelle, poussé au fond avec un outil étroit, puis comprimé au fer quand il a commencé à tirer. Cette compression est ce qui donne au joint sa tenue en surface : elle referme la porosité de peau, chasse les bulles restées contre la pierre, et met le mortier en contact intime avec le chant de la pierre. Un joint simplement lissé à la truelle, sans serrage, sera plus fragile et se creusera plus vite aux intempéries.

D'où une conséquence pratique souvent ignorée : le fer se passe au bon moment, pas tout de suite. Trop tôt, le mortier colle au fer, se soulève, laisse des bavures et de l'eau remonte en surface. Trop tard, la surface ne se déforme plus et le fer ne fait que polir une croûte qui se détachera. Le repère est tactile : on appuie le pouce sur le joint ; s'il laisse une empreinte nette sans coller au doigt, c'est le moment. Ce délai varie avec la chaux, le sable, la température et la succion du support — pas de durée universelle, seulement un essai sur un joint de bord.

Fer plat, fer rond, fer en V : ce que chaque profil impose

Le profil du fer décide de la géométrie du joint fini, et cette géométrie décide de la façon dont l'eau s'en va.

  • Le fer plat donne un joint affleurant ou légèrement en retrait, de section rectangulaire. C'est le profil le plus neutre et le plus adapté au bâti ancien courant : il ne crée pas de replat où l'eau stagne et il ne creuse pas d'ombre artificielle entre les pierres.
  • Le fer demi-rond (ou fer à joint creux) laisse un joint concave. Il donne un dessin très régulier, mais il creuse le joint en son milieu et met les arêtes de pierre en avant. Sur une pierre tendre, cette avancée devient une prise pour le gel.
  • Le fer en V ou fer à joint en creux d'angle : dessin très marqué, utilisé sur les maçonneries de brique appareillées. Sur un mur de moellons irréguliers, il n'a pas de sens : il suppose des lits droits et des chants nets.
  • Le fer à cœur ou fer languette sert à repousser le mortier au fond d'un joint profond avant serrage de surface.

Le choix n'est pas un choix esthétique isolé. Il doit reprendre le dessin des joints anciens conservés ailleurs sur le mur. Une façade dont il reste dix mètres carrés de jointoiement d'origine donne son propre modèle : on relève le profil, on relève le retrait par rapport au nu de la pierre, et on le reproduit. C'est un principe déjà posé dans la méthode du rejointoiement et ses quatre fautes courantes, auquel cet article ajoute seulement le détail des outils.

La largeur : le fer doit passer sans toucher la pierre

C'est le point qui fait le plus de dégâts, et il est purement mécanique. Un fer plus large que le joint prend appui sur les arêtes de pierre. À chaque passe, il frotte le chant du calcaire ou de la brique, l'écrase, et laisse une trace claire de part et d'autre du joint. Sur une pierre tendre, cette trace est une usure ; sur une pierre gélive, c'est une amorce.

D'où la nécessité d'avoir un jeu, pas un fer. Un mur de moellons a rarement des joints d'une seule largeur : entre deux pierres bien ajustées le joint est fin, entre deux moellons irréguliers il peut faire plusieurs centimètres et changer de largeur sur trente centimètres de longueur. Trois ou quatre fers de largeurs échelonnées couvrent l'essentiel. Le principe de sélection : le fer doit être légèrement plus étroit que le joint le plus fin de la zone qu'on traite. Mieux vaut repasser deux fois avec un fer étroit qu'une fois avec un fer qui déborde.

Pour les joints très larges, on ne cherche pas un fer très large : on serre en plusieurs passes, ou on utilise un fer étroit tenu à plat qu'on promène. Pour les joints très fins des pierres de taille appareillées, aucun fer standard ne passe : c'est le domaine de la langue de chat et des lames fines.

La langue de chat : l'outil des joints irréguliers

La langue de chat est une petite lame effilée, souple, montée sur manche, dont la forme évoque la langue de l'animal. Elle sert à ce que le fer ne sait pas faire : entrer dans un joint étroit, sinueux, ou coincé contre une pierre en saillie. Sur un mur ancien de moellons, elle finit par être l'outil le plus utilisé de la journée.

Ses usages concrets :

  • Charger le mortier dans un joint fin, en le poussant au fond plutôt qu'en l'écrasant depuis l'extérieur.
  • Suivre le contour d'une pierre irrégulière sans mordre son arête : la souplesse de la lame permet de la cintrer légèrement contre le chant.
  • Reprendre les angles rentrants, les jonctions de joints, les points où deux lits se croisent.
  • Ébarber le mortier qui a débordé sur la pierre, tant qu'il est frais.

On distingue la langue de chat souple, en acier fin, qui suit les formes, et la langue de chat rigide, plus épaisse, qui sert davantage à pousser et à racler. Les deux ont leur place. Une lame trop rigide risque de heurter la pierre ; une lame trop souple ne pousse plus rien au fond d'un joint profond.

À côté d'elle, la truelle langue de chat — une truelle à lame étroite et pointue — sert au chargement du mortier depuis l'auge ou depuis une taloche tenue à la main. Beaucoup de maçons travaillent avec une taloche de charge dans une main, la truelle étroite dans l'autre, et gardent le fer accroché à la ceinture pour la passe de serrage. Cette organisation vaut mieux qu'un aller-retour permanent vers l'auge : le mortier de chaux reste ouvert plus longtemps qu'un mortier de ciment, mais il n'aime pas d'être remanié indéfiniment.

Dégarnir : les outils qui enlèvent le mortier sans toucher la pierre

Le dégarnissage précède tout. Un rejointoiement posé sur un ancien mortier pulvérulent ne tient pas, quel que soit le soin apporté au fer. Mais c'est aussi l'étape où l'on casse le plus de pierre — et où l'on est le plus tenté par une machine.

Les outils à main, et leur logique

  • Le grattoir à joint, lame plate ou crochet en acier, monté sur manche court. Il travaille par traction dans l'axe du joint. Sur un mortier de chaux ancien devenu tendre, il suffit à lui seul.
  • Le ciseau à dégarnir, ciseau de maçon à lame étroite, frappé au marteau ou à la massette. On le tient dans l'axe du joint, jamais en biais vers la pierre. La lame doit être plus étroite que le joint, sinon le tranchant appuie sur les arêtes à chaque coup.
  • La pointerolle ou le poinçon, pour attaquer un mortier dur ponctuellement, en piquant au centre du joint pour le fissurer avant de l'extraire latéralement.
  • Le racloir en bois dur, sur les pierres très tendres (craie, calcaire farinant), quand même l'acier est trop agressif. Il enlève moins vite, mais il ne raye pas.

La logique commune : on attaque le mortier par son milieu, on le fait éclater vers le centre du joint, on ne fait jamais levier contre la pierre. Le geste de dégarnissage qui casse les arêtes est presque toujours le même : la lame est mise en biais et sert de levier, prenant appui sur le chant de la pierre. Une fois ce réflexe corrigé, l'essentiel des dégâts disparaît.

La profondeur de dégarnissage se juge, elle aussi, sans machine : on retire tout mortier qui cède au grattoir, et on s'arrête là où le mortier ancien résiste et sonne plein. Un joint dégarni trop profond dans un mur à blocage peut faire tomber des cales du cœur du mur ; c'est une raison de plus de travailler par petites zones, ce que rappelle l'article sur .

La disqueuse à joint : l'outil qui coûte le plus cher au mur

C'est le cas d'école. Une meuleuse équipée d'un disque diamant, ou une défonceuse à joint à deux disques, retire le mortier très vite. Elle a trois défauts que la vitesse ne compense pas.

Elle ne suit pas un joint irrégulier. Le disque est droit et son plan est fixe ; le joint d'un mur ancien ne l'est pas. À chaque courbe, le disque sort du joint et entaille la pierre. Sur une brique, la trace est nette et définitive. Sur du silex ou du grison, le disque ripe et arrache.

Elle travaille à profondeur constante. Or un joint ancien n'a pas une profondeur utile constante, et sur un moellonnage, la pierre avance et recule dans le plan du mur. Régler la profondeur sur la pierre la plus en retrait, c'est entailler toutes les autres.

Elle produit une poussière de silice en quantité, dans un nuage qui se dépose partout et s'incruste dans les porosités du mur. Cette poussière est un enjeu de santé — protection respiratoire adaptée, captation à la source — et un enjeu de finition, puisqu'elle colmate le support juste avant qu'on lui demande de faire prise avec un mortier neuf.

Il existe un usage défendable : un joint parfaitement rectiligne, sur une maçonnerie de brique appareillée régulière, avec un mortier de ciment dur à retirer, machine à captation, main expérimentée, et une passe de finition à la main sur les derniers millimètres contre la pierre. Hors de ce cas, elle fait plus de mal que le temps qu'elle fait gagner. Le même raisonnement vaut pour la lance haute pression, qui décape le support bien au-delà de ce qu'on lui demande.

Les brosses : la dureté du poil suit la dureté de la pierre

Une brosse sert à trois moments distincts du chantier : dépoussiérer le joint dégarni avant de charger, éliminer les laitances et bavures sur la pierre pendant la prise, et, plus tard, nettoyer les résidus secs. Ce ne sont pas les mêmes brosses.

Du chiendent à l'acier : ce que chaque poil supporte

  • Le chiendent, la fibre végétale, le nylon souple : le poil le plus tendre. C'est le seul admissible sur la craie, un calcaire tendre, une brique ancienne à cuisson faible, un enduit de terre. Il dépoussière sans marquer.
  • Le nylon rigide, les brosses à récurer synthétiques : bon compromis sur un calcaire moyennement dur, un mortier de chaux durci, une brique bien cuite.
  • Le laiton : plus mordant, mais métal tendre. Il attaque le mortier avant la pierre — sur une pierre dure. Sur un calcaire tendre, il laisse des traces jaunâtres et raye. Il est à éviter sur les pierres claires poreuses, où le dépôt de laiton peut se voir.
  • L'acier : réservé aux supports très durs et non poreux, et aux besoins ponctuels. Sur du bâti ancien, il est rarement justifié. Il raye, il déchausse les grains d'une pierre farinante, et il laisse des particules ferreuses qui rouillent ensuite et tachent la pierre claire en auréoles ocre.

Le test de choix est direct et se fait avant de brosser la façade : on frotte le poil sur une zone cachée du mur, on regarde à la lumière rasante si la surface est marquée, et on descend d'un cran de dureté au moindre doute. Sur un mur ancien, la brosse la plus douce qui fait le travail est la bonne. Une brosse plus dure ne fait pas mieux, elle fait plus vite et plus profond.

Le moment du brossage, plus important que la brosse

Un joint brossé trop tôt se déchausse : le mortier n'a pas commencé sa prise, et la brosse arrache le sable de surface, ouvrant la porosité qu'on venait de refermer au fer. Brossé trop tard, le résidu de mortier a durci sur la pierre et il faudra un outil plus agressif pour l'enlever, donc un risque de rayure.

Le repère : on brosse quand le joint a durci en surface, quand un passage de doigt ne le déforme plus, mais que les projections restées sur la pierre s'enlèvent encore à sec. C'est souvent quelques heures après la passe de fer, parfois le lendemain avec une chaux aérienne par temps humide. Le brossage se fait à sec, dans le sens du joint, brosse tenue à plat, et non par mouvements circulaires qui font monter les bavures sur la pierre. On évite de brosser à l'eau : l'eau étale la laitance sur la pierre et y laisse un voile blanc difficile à retirer ensuite.

L'eau, le seau et l'éponge : l'outillage qu'on néglige

L'eau est un outil de rejointoiement à part entière, et son maniement décide autant du résultat que le fer.

Le pulvérisateur — un simple pulvérisateur de jardin propre, jamais un contenant ayant servi à un produit — sert à humidifier le support avant de charger. Un joint dégarni sec pompe l'eau du mortier neuf en quelques secondes, l'empêche de faire prise correctement et le laisse pulvérulent. Le support doit être humide mais pas ruisselant : mouillé à refus, il empêche l'adhérence et fait couler la laitance. On humidifie, on attend que le brillant de surface disparaisse, on charge.

Le même pulvérisateur sert ensuite à la cure : sur une chaux, les premiers jours décident du résultat, et une brumisation régulière vaut mieux qu'un arrosage unique qui ruisselle et délave.

Deux seaux valent mieux qu'un : un pour l'eau de gâchage et d'humidification, propre, un pour le rinçage des outils, qui se charge vite de chaux et de sable. Rincer sa lame dans une eau chargée revient à travailler avec un outil qui dépose du sable sur la pierre.

L'éponge sert à ébarber en douceur, pas à laver. Passée à peine humide et essorée, sur un joint qui a tiré, elle enlève les bavures et donne au joint un fini légèrement grenu qui vieillit bien. Passée trop mouillée ou trop tôt, elle délave le liant de surface, fait remonter du sable et donne un joint qui farinera. Une éponge de maçon à grosses alvéoles est plus tolérante qu'une éponge fine, qui étale au lieu d'enlever.

Le reste de l'outillage d'appoint tient en peu de choses : une auge ou un bac de gâchage suffisamment grand pour reprendre le mortier, une taloche de charge, une truelle de maçon classique, une balayette, un chiffon sec, et de quoi protéger le sol au pied du mur.

Les outils électriques : ceux qui aident, ceux qui abîment

Le partage est net, et il tient à une seule question : la machine agit-elle sur le mortier ou sur la pierre ?

Aident réellement, sans risque particulier pour le support : - Le malaxeur électrique monté sur perceuse lente, ou le mélangeur à cuve. Il donne un mortier homogène, ce qu'une gâchée à la main sur un gros volume atteint rarement. Un mortier mal mélangé donne des joints de teintes différentes et de résistances différentes, ce que traite le dosage d'un mortier de chaux. - L'aspirateur de chantier avec filtre adapté, pour retirer la poussière des joints dégarnis. Il fait mieux qu'une soufflette, qui projette la poussière au fond du joint et dans la maçonnerie. - L'éclairage rasant, baladeuse ou projecteur placé de biais, pour contrôler la planéité et repérer les manques. Ce n'est pas un outil de travail, c'est un outil de vérification, et il change la qualité du contrôle.

Abîment plus qu'ils n'évitent, sur du bâti ancien : - La meuleuse d'angle à disque diamant en dégarnissage libre, pour les raisons vues plus haut. - Le burineur électrique ou perforateur en mode burinage, dont l'énergie de frappe n'est pas dosable finement. Il fissure la pierre et déchausse le blocage. - La brosse métallique montée sur meuleuse ou perceuse, qui tourne à une vitesse qu'aucune main ne module. Elle polit ou arrache, sans état intermédiaire. - Le pistolet à mortier ou sac à joint, souvent présenté comme un gain de temps : il remplit vite mais ne serre pas, et il salit la pierre en débordant. Il peut servir de moyen de chargement en fond de joint profond, à condition de finir au fer. - Le nettoyeur haute pression en fin de chantier, qui creuse un joint frais et le décape en quelques secondes.

Adapter l'outillage au support : trois cas qui changent tout

Un jeu d'outils n'est pas transposable d'un mur à l'autre. Trois familles de support imposent des inflexions.

Une pierre tendre et poreuse — craie, calcaire farinant, tuffeau — commande la panoplie la plus douce qui soit : dégarnissage au grattoir léger ou au bois, aucun outil frappé sauf nécessité, brosse végétale uniquement, éponge à peine humide, humidification en brumisation fine et répétée plutôt qu'en arrosage. Toute rayure reste visible parce que la pierre est claire et que la trace ouvre un sillon dans lequel les salissures se logeront.

Une pierre très dure et irrégulière — silex, grison, meulière — pose le problème inverse. La pierre ne craint pas grand-chose, mais elle est saillante, creuse et anguleuse : aucun fer ne suit son contour. Le travail se fait à la langue de chat, à la petite lame, parfois au doigt ganté pour les creux profonds. Les joints y sont larges et changent de largeur en permanence. Le sujet est développé pour le mur en meulière et ses creux à rejointoyer.

Une maçonnerie de brique ancienne est un cas intermédiaire : joints réguliers et fins, arêtes vives et fragiles, briques dont la peau de cuisson est le seul rempart contre l'eau. La finesse des joints impose des fers étroits ou des lames de langue de chat ; la fragilité de la peau interdit la brosse métallique et le disque. Une brique dont on a entaillé ou brossé la peau boit ensuite bien plus qu'avant.

Entretenir ses outils, et pourquoi cela change le joint

Un outil de jointoiement mal entretenu dégrade le travail de deux façons.

Le mortier séché sur une lame la rend rugueuse. Un fer sur lequel de la chaux a durci n'a plus de surface lisse : il n'aplanit plus, il traîne et arrache. Un fer se nettoie donc en fin de passe, pas en fin de journée, et se termine à l'eau claire.

L'acier laissé humide rouille, et la rouille tache la chaux. Un fer piqué de rouille dépose des points ferrugineux dans un joint clair, qui migreront ensuite en auréoles ocre. Les outils s'essuient et se rangent secs ; un chiffon légèrement huilé sur les lames en acier au carbone évite le problème, à condition d'essuyer l'huile avant la reprise du travail sur un joint clair.

Les brosses se rincent et sèchent poils vers le bas ou à plat. Une brosse séchée sur ses poils, chargée de chaux, se raidit et change de catégorie de dureté sans prévenir : une brosse nylon souple devenue croûteuse raye comme une brosse dure. C'est l'une des causes les plus banales de rayures sur une pierre tendre.

Enfin, un fer d'occasion ou de récupération se contrôle avant usage : un bord ébréché grave un sillon dans chaque joint qu'il serre, et la trace se répète sur toute la façade avant qu'on ne comprenne d'où elle vient.

Questions fréquentes

Combien de fers à joint faut-il vraiment pour un mur de moellons ?

Trois à quatre largeurs différentes suffisent dans la grande majorité des cas, plus une langue de chat souple et une lame rigide. Il ne s'agit pas d'acheter un jeu complet mais de couvrir l'étendue des largeurs présentes sur le mur. La mesure se fait avant : on parcourt la façade, on relève la largeur du joint le plus fin et celle du joint le plus large, et on choisit en conséquence. Un fer inutilisé ne coûte qu'un peu d'argent ; un fer trop large coûte des arêtes de pierre.

Peut-on rejointoyer sans fer à joint, seulement à la truelle ?

C'est possible sur des joints très larges et irréguliers, où le mortier est mis en place et talé à la truelle puis fini à l'éponge. Mais on perd le serrage, donc une partie de la durabilité de surface. Sur un mur exposé, la différence se voit au bout de quelques hivers : un joint non serré se creuse plus vite et se salit davantage. Si l'on ne dispose que d'une truelle, mieux vaut au moins comprimer le joint avec le dos de la lame ou un morceau de tuyau au profil adapté.

Une brosse métallique est-elle toujours interdite sur un mur ancien ?

Elle n'est pas interdite par principe, elle est rarement justifiée. Sur une pierre très dure, non poreuse et non gélive, une brosse laiton peut retirer un dépôt tenace sans marquer. Le problème est que l'on brosse rarement une seule pierre : la brosse passe aussi sur les joints, sur les zones altérées et sur les pierres plus tendres du même mur, qui n'ont pas la même résistance. Le test sur zone cachée, en lumière rasante, tranche mieux qu'une règle générale.

Faut-il acheter du matériel neuf ou du matériel professionnel ?

La qualité qui compte sur un fer à joint est la régularité du bord et l'état de surface, pas la marque. Un fer bon marché mais lisse et sans ébréchure fait le travail. Sur les brosses, la différence tient à la tenue du poil dans le temps : un poil qui se déforme ou se raidit devient imprévisible. Sur les langues de chat, la souplesse de la lame est le critère, et elle se juge à la main avant achat. Aucun outil de cette liste ne demande un investissement lourd.

Que faire si l'on a déjà entaillé la pierre avec une disqueuse ?

On ne comble pas une entaille avec le mortier de joint : le trait de scie est étroit, dans la pierre, et un mortier de joint y ferait un liseré visible qui soulignerait le défaut. Selon la profondeur et la visibilité, on laisse la trace vieillir, ou on la traite avec un mortier de restauration teinté au ton de la pierre, appliqué localement — un travail décrit dans reboucher un éclat de pierre. Dans tous les cas, la première mesure est d'arrêter la machine pour la suite du mur : une façade avec quelques traces sur un mètre carré se rattrape, une façade entièrement entaillée ne se rattrape pas.

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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.