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Les trous de boulin d'un mur ancien : les laisser ou les fermer

Des trous carrés réguliers dans un mur en pierre ne sont presque jamais un désordre : ce sont des trous de boulin. Les reconnaître, puis décider.

Diagnostic / 19 min de lecture
Rangée de trous de boulin carrés alignés dans un mur de moellons calcaire et silex à joints de chaux
Une rangée régulière de cavités carrées : la trace de l'échafaudage d'origine, et non un désordre du mur.

Des trous carrés réguliers dans un mur en pierre, alignés à la même hauteur, espacés à intervalle à peu près constant : dans l'immense majorité des cas, ce ne sont pas des désordres. Ce sont des trous de boulin, c'est-à-dire l'empreinte laissée par l'échafaudage qui a servi à monter le mur. Les maçons posaient des pièces de bois horizontales — les boulins — dont une extrémité était noyée dans la maçonnerie au fur et à mesure de l'élévation. Le plancher de travail reposait dessus. Quand le chantier montait d'un niveau, on reprenait le procédé plus haut. À la fin, on sciait ou on retirait les bois, et la cavité restait.

Autrement dit : ces trous font partie de la construction, ils sont contemporains du mur, et ils n'annoncent ni un affaissement, ni une infiltration, ni une pierre qui s'échappe. La bonne question n'est donc pas « comment réparer », mais « faut-il refermer, et à quelles conditions ». La réponse dépend de trois choses seulement : ce que le trou fait passer (eau, air, animaux), ce qu'il abrite déjà, et l'état de la maçonnerie autour. Un trou sec, dans un mur épais, sur une façade qui ne prend pas la pluie battante, ne demande rien. Un trou qui pénètre jusqu'au cœur d'un mur monté au mortier de terre, sur la face au vent, mérite une décision.

Reconnaître un trou de boulin, et pas autre chose

Avant toute décision, il faut être sûr de ce qu'on regarde. Un mur ancien est percé de cavités d'origines très différentes, et la confusion est la première cause de travaux inutiles. Le trou de boulin se signale par un faisceau d'indices convergents, jamais par un seul.

Il est régulier. Sa section est carrée ou rectangulaire, parfois grossièrement, avec des arêtes formées par les moellons eux-mêmes plutôt que taillées. Il correspond à une pièce de bois : on retrouve souvent, au fond ou sur les faces, l'empreinte du bois dans le mortier, avec le fil et parfois les traces d'écorce. Il arrive que le tronçon scié soit encore en place, réduit à un bouchon fibreux et gris.

Il est aligné. C'est le critère décisif. Les trous de boulin se lisent en rangées horizontales, à une même hauteur, avec un pas régulier — celui de la portée des perches. Et ces rangées se superposent verticalement, chacune correspondant à une hauteur de travail du chantier. Un trou isolé peut être n'importe quoi ; une rangée de trous à niveau constant, avec une seconde rangée au-dessus, ne peut être qu'un échafaudage.

Il est traversant ou borgne. Sur un mur mince, le boulin passait de part en part et on retrouve le trou sur les deux faces, exactement en vis-à-vis. Sur un mur épais, il ne pénètre que de quelques assises et bute sur le blocage intérieur. Cette distinction change tout pour la suite : un trou traversant met en communication l'intérieur et l'extérieur, un trou borgne ne fait qu'ouvrir sur le remplissage.

Ce que dit la position dans le mur

Un trou de boulin ne se trouve jamais n'importe où. Il évite les angles, les chaînes d'angle et les encadrements de baies, parce que le maçon ne pouvait pas y loger une pièce de bois sans compromettre la partie la plus sollicitée du mur. Il se tient dans le parement courant, entre les ouvertures, souvent au tiers ou à mi-distance entre deux baies. Quand un trou se trouve juste au-dessus d'un linteau, contre un jambage ou à l'aplomb d'un gond, il faut chercher une autre explication.

Sa hauteur au-dessus du sol renseigne aussi. La première rangée est en général assez basse pour qu'on ait pu la poser depuis le terrain naturel de l'époque. Si elle paraît aujourd'hui trop basse ou trop haute, c'est le terrain qui a bougé, pas le mur : remblai accumulé, décaissement, rue recreusée. Cette lecture est cohérente avec tout ce qu'on peut apprendre en lisant un mur ancien et ses reprises, où les traces d'un état antérieur se lisent de la même façon.

Arrachement, ferrure, solive : les trois faux amis

L'arrachement est la trace d'un bâti mitoyen démoli. Il ne ressemble pas à un trou de boulin : il est vertical, il court sur toute la hauteur, il dessine un liseré dentelé où les pierres qui liaient les deux murs ont été cassées net. Les cassures y sont franches, souvent plus claires que le reste, et le mortier qui affleure n'a pas la patine du parement. On y voit fréquemment des amorces de voûte, un négatif de rampant, une ligne de solives. Un arrachement se lit à l'échelle du mur entier ; un boulin se lit à l'échelle d'une rangée.

La ferrure disparue laisse au contraire un logement de petite dimension, isolé, souvent circulaire ou trapézoïdal, généralement près d'une baie, d'un contrevent ou d'un ancien auvent : gond, penture, patte de scellement, crochet de descente d'eau, ancre de tirant. Deux signes ne trompent pas. D'abord, la présence d'un scellement résiduel — plomb coulé, mortier très dur, parfois un moignon de fer. Ensuite, la coulure rouille sous la cavité, et souvent l'éclatement de la pierre autour, parce que le fer qui rouille gonfle. C'est un tout autre problème, traité pour lui-même dans l'article sur les ferrures scellées dans la pierre et la rouille qui fait éclater. Un trou de boulin ne tache pas, ne gonfle pas et ne fissure pas la pierre voisine.

Le trou de solive ou de poutre est plus grand, plus profond, et surtout d'une régularité différente : son pas suit l'entraxe d'un plancher, pas celui d'un échafaudage, et il se trouve à un seul niveau, celui de l'étage disparu. Il porte presque toujours une trace d'appui — une pierre plus large en sous-face, un lit de calage, parfois un corbeau. Sur un pignon mis à nu, la rangée de trous de solives et les rangées de boulins coexistent ; on les distingue à la section, à la profondeur et à l'appui.

Reste un cas particulier, qui prête à confusion par le vocabulaire : dans un pigeonnier, un colombier ou une tour de ferme, le mot boulin désigne la niche du pigeon. Ces cavités-là sont intérieures, très nombreuses, disposées en damier serré sur toute la hauteur, et n'ont rien à voir avec un échafaudage.

Ce que les rangées racontent de la construction

Les trous de boulin sont un document. Lus attentivement, ils restituent le déroulé du chantier, ce qu'aucune autre trace ne fait aussi simplement.

L'écart vertical entre deux rangées donne la hauteur d'une levée, c'est-à-dire ce que le maçon montait avant de relever son plancher de travail. Cette hauteur est assez constante sur une même campagne : elle dépend du geste, de la portée du bras, du confort de pose. Quand elle change brutalement au milieu d'une élévation, c'est qu'on a changé d'équipe, de méthode, ou d'époque.

L'écart horizontal donne la portée des perches, donc la nature du bois disponible et le soin apporté au chantier. Un pas serré signale un plancher chargé ou des bois faibles ; un pas large, des bois longs et solides.

Lire les discontinuités

C'est dans les irrégularités que la lecture devient intéressante.

  • Une rangée qui s'interrompt net sur une portion de mur, puis reprend plus loin au même niveau : la partie centrale a été reprise après coup, et le rebouchage de l'époque a effacé les trous.
  • Deux rangées décalées de part et d'autre d'une ligne verticale : les deux portions n'ont pas été montées ensemble. Cette ligne est souvent, en la cherchant, un joint de reprise ou un ancien angle.
  • Des rangées présentes en partie basse et absentes en partie haute : l'étage a pu être monté depuis un échafaudage intérieur, ou depuis un plancher déjà posé, ce qui donne un ordre de construction.
  • Des trous soigneusement rebouchés d'origine, avec une pierre ajustée et un mortier de même nature : le mur était destiné à rester apparent, ou à recevoir un enduit fin. Des trous laissés béants : le mur était couvert d'un enduit épais, ou il s'agissait d'un bâtiment utilitaire.

Cette dernière observation est utile quand on hésite sur le traitement de surface à retenir. Un mur dont les boulins n'ont jamais été fermés n'a pas été conçu pour être vu tel quel, et c'est un argument de plus dans le débat récurrent sur l'enduit à pierre vue.

Sur une façade enduite, enfin, les boulins réapparaissent parfois sous forme d'une ligne de disques légèrement en creux, ou d'un chapelet de microfissures régulières. Le bouchon et le mur ne travaillent pas de la même façon, et l'enduit finit par le dire.

Ce que le trou est devenu depuis

Entre le chantier d'origine et aujourd'hui, la cavité a vécu. C'est cet état actuel, et non l'origine, qui commande la décision.

Un trou de boulin abandonné se remplit lentement : poussière, feuilles, mortier délité tombé du fond, terre apportée par les insectes, parfois une graine qui germe. Il devient un point de rétention. Si la pente naturelle du trou est légèrement descendante vers l'extérieur — ce qui était fréquent, l'eau ne stagnait pas — le comportement reste sain. Si le fond est en contrepente, l'eau entre et ne ressort pas.

Dans un mur à trois épaisseurs, la cavité ouvre directement sur le blocage central, mélange de petits éléments et de mortier maigre, parfois de terre. Ce cœur est la partie la plus vulnérable du mur : il ne supporte pas d'être lessivé. Comprendre ce qui se joue derrière le parement change la lecture du risque, et c'est exactement le propos de l'article sur .

Beaucoup de ces cavités sont par ailleurs habitées, et elles le sont depuis longtemps. Un trou de boulin est un abri idéal : sec, ombragé, à l'abri des prédateurs, orienté comme le sont les anfractuosités de falaise. Moineaux, mésanges, rougequeues, martinets selon la hauteur, chauves-souris dans les cavités profondes, abeilles solitaires et guêpes dans les petites : la façade ancienne est un milieu, au même titre que ses lichens, mousses et patines.

Cela a une conséquence pratique. Un grand nombre de ces espèces sont protégées, et la protection porte non seulement sur l'animal mais aussi sur son nid et sur son site de repos. Le principe à retenir est simple : on ne referme pas une cavité occupée, on ne referme pas en période de nidification, et l'on s'informe avant d'intervenir en hauteur sur une façade où l'on constate des allées et venues. Ce n'est pas une précaution morale, c'est le cadre. La vérification se fait auprès des services compétents, et le calendrier d'un chantier de façade se cale dessus.

Première option : laisser ouvert

C'est la solution par défaut, et elle est souvent la bonne.

Elle se justifie quand la cavité est sèche, sans trace d'écoulement sous elle, dans un mur épais, sur une façade peu exposée, et quand le trou est borgne. Elle a plusieurs avantages. Elle ne crée aucun désordre nouveau. Elle conserve un document lisible sur la construction. Elle maintient l'abri de faune. Et elle ne coûte rien, ce qui n'est pas neutre quand une façade en compte des dizaines.

Laisser ouvert n'est pas laisser en l'état sans regarder. Il y a un entretien minimal :

  • vider ce qui s'est accumulé au bord et bloque l'égouttement, sans curer le fond si la cavité est habitée ;
  • retirer les jeunes pousses ligneuses, dont les racines desserrent les moellons ;
  • reprendre les joints du pourtour s'ils sont creusés, car c'est par là que l'eau chemine, pas par le trou lui-même ;
  • observer la sous-face après une pluie battante et un gel, deux fois par an, ce qui suffit.

Un point mérite attention : le bord supérieur. C'est le linteau miniature du trou, et c'est lui qui casse. Une pierre de tête fissurée ou descendue est un vrai motif d'intervention — mais l'intervention consiste à recaler et à rejointoyer cette pierre, pas à remplir la cavité.

Deuxième option : grillager ou aménager

Entre l'ouvert et le fermé, il existe une position intermédiaire, qui est souvent la plus intelligente sur une façade habitée.

On ferme la cavité par un élément ajouré ou par une pièce percée d'un orifice calibré : les petits passereaux entrent, les pigeons non. Cela résout le seul vrai problème de la cavité ouverte en milieu bâti, qui est le pigeon — volume de nid, fientes acides sur la pierre, salissure durable du parement.

Quelques règles de mise en œuvre valent d'être posées.

Le métal doit être inoxydable. Un grillage d'acier ordinaire ou simplement galvanisé rouillera, et il rouillera à l'intérieur d'une pierre : on recrée exactement la pathologie des ferrures scellées, avec éclatement à terme. Inox, ou rien.

La fixation se fait dans le joint, jamais dans la pierre. On ne perce pas un moellon pour tenir une grille de quelques grammes. Un calage au mortier de chaux dans l'épaisseur du joint périphérique suffit largement.

La pièce se pose en retrait du nu du parement, de manière à ne pas se voir depuis la rue et à ne pas retenir l'eau sur son plan. Un élément affleurant fait tache et fait barrage.

Enfin, la ventilation doit rester réelle. L'intérêt de la cavité, pour l'animal comme pour le mur, tient à ce qu'elle sèche. Un fond bouché de mousse expansive ou de mortier gras, même avec une grille devant, ne vaut rien.

Troisième option : refermer au mortier de chaux

On referme quand il y a un motif, et le motif est toujours l'eau ou l'air : trou traversant qui donne dans un local chauffé, cavité en contrepente qui se remplit, ruissellement établi et visible sous le trou, lessivage constaté du blocage, mur mince et exposé. Hors de ces cas, refermer est une intervention gratuite qui efface une trace et ajoute un risque.

Car le risque existe : c'est le point dur. Bourrer une cavité d'un mortier plus résistant que le mur revient à insérer un plot rigide dans une maçonnerie souple. Le mur travaille, respire, se déforme lentement ; le plot ne bouge pas. On obtient alors la fissure en couronne autour du bouchon, l'éclatement des lèvres, et la concentration des sels et de l'humidité à la périphérie du bouchon. Le principe est le même que pour tous les mortiers de reprise, et il ne souffre pas d'exception : ce qu'on ajoute doit être plus faible que ce qu'on répare, jamais plus fort. C'est le fond du dossier chaux ou ciment sur un mur ancien.

Préparer la cavité

La préparation décide du résultat plus que le mortier lui-même.

D'abord, vérifier l'occupation, et différer si nécessaire. Ensuite seulement, vider : débris, terre, nid abandonné, mortier pulvérulent. On sort ce qui est meuble, on garde ce qui tient.

Traiter le bois résiduel. Si un tronçon de boulin subsiste, il ne faut pas maçonner dessus : il continuera de se réduire, et le bouchon perdra son assise en même temps qu'il transmettra l'humidité. On le retire s'il est dégradé. S'il est parfaitement sain, sec et profondément engagé, la question se discute — mais la règle de sécurité est de ne pas laisser de bois en contact avec un mortier neuf.

Sonder les lèvres. Un moellon qui bouge au bord doit être recalé avant, pas emprisonné dans le bouchon. Un éclat de pierre en rive relève d'une réparation propre, décrite dans l'article consacré au mortier de restauration pour reboucher un éclat de pierre.

Humidifier. Un support ancien absorbe énormément. S'il boit l'eau de gâchage du mortier avant la prise, le bouchon reste pulvérulent au contact et se descelle. On mouille la veille, on remouille juste avant, sans détremper.

Remplir sans faire un bloc

Le geste juste ne consiste pas à couler du mortier dans un trou. Il consiste à remaçonner la cavité, c'est-à-dire à reconstituer une petite maçonnerie de même nature que celle qui l'entoure.

On procède du fond vers l'avant, par passes successives, en alternant des pierres de calage — des éclats de la même pierre, choisis à la main — et un mortier de chaux et de sable local. Chaque passe est serrée, chaque passe sèche avant la suivante. Le remplissage obtenu est hétérogène, donc déformable, donc compatible. Un bouchon massif de mortier pur, lui, retire en séchant, fissure en périphérie et se comporte comme un galet dans une éponge.

Le liant et le dosage se choisissent en fonction du mur, pas d'une habitude : la logique complète est développée dans doser un mortier de chaux et tenir ses proportions. Deux repères suffisent ici. Le mortier de bouchage doit être au moins aussi faible que le mortier d'origine du mur. Et il doit se rapprocher de lui par le sable, davantage encore que par le liant : c'est le sable qui donne la teinte, le grain et une part du comportement.

La finition, enfin, se traite comme un joint et non comme un enduit. On arrête le bouchon légèrement en retrait du nu, on raccorde au profil des joints voisins, on ne beurre pas la pierre autour. Les gestes sont ceux du rejointoiement, avec les mêmes fautes à éviter — étaler, lisser à la truelle, refermer trop tôt : le détail est dans rejointoyer sans abîmer.

Reste la cure. Un mortier de chaux ne sèche pas, il carbonate, et il lui faut du temps et de l'humidité. Un bouchon exposé au soleil ou au vent sec dans les jours qui suivent finira farineux. On ombre, on humidifie, on protège du gel. C'est peu de travail pour la différence entre un bouchon qui tient trente ans et un bouchon à refaire l'été suivant.

Décider, dans l'ordre

Une méthode courte, applicable devant le mur, évite les deux erreurs symétriques : tout reboucher par réflexe, ou tout ignorer par principe.

  • 1. Identifier. Rangées alignées, pas régulier, section carrée, empreinte de bois : trou de boulin. Absence d'alignement, coulure rouille, scellement résiduel : autre chose, et autre traitement.
  • 2. Observer l'eau. Trace de ruissellement sous la cavité, mousse dans le fond, humidité intérieure en vis-à-vis, contrepente : il y a un motif. Rien de tout cela : il n'y en a pas.
  • 3. Observer l'occupation. Fientes sous le trou, allées et venues, brindilles au bord, bruit. En cas d'occupation, on diffère et l'on s'informe avant toute fermeture.
  • 4. Regarder le mur, pas le trou. Un mur dont les joints sont creusés partout ne se répare pas par ses boulins. On traite le général avant le particulier.
  • 5. Choisir. Ouvert si rien ne justifie mieux. Ajouré si le pigeon est le problème. Fermé, remaçonné à la chaux, si l'eau ou l'air traversent.
  • 6. Documenter. Photographier les rangées avant intervention. Une fois refermées, elles ne se relisent plus, et le prochain propriétaire ne saura pas.

Si l'intervention est confiée à une entreprise, deux mentions sur le devis valent tous les discours : la nature du liant et du sable, et le mode de remplissage par passes avec calage. Un devis qui parle de « rebouchage des trous » sans dire avec quoi ni comment décrit un travail qu'on ne peut pas vérifier.

Questions fréquentes

Des trous carrés réguliers dans un mur en pierre sont-ils un signe de fragilité ?

Non. S'ils sont alignés horizontalement, espacés régulièrement et répétés sur plusieurs niveaux, ce sont des trous de boulin, contemporains de la construction. Ils n'indiquent aucun affaiblissement. Un mur sain en porte souvent des dizaines. Ce qui indiquerait une fragilité, ce serait une cavité isolée aux bords cassés, une pierre descendue, une fissure traversante ou un dévers : rien de ce que présente un boulin.

Faut-il les reboucher avant de faire un enduit ?

Oui, mais pas n'importe comment. Sous enduit, une cavité non comblée crée une différence d'épaisseur et de succion : l'enduit y fissure ou s'y creuse, et le défaut ressort au bout de quelques saisons. On referme donc, mais en remaçonnant par passes avec des pierres de calage, à un mortier de même famille que celui du support. Un bouchon massif et rigide sous un enduit à la chaux se signalera tout autant, en dessinant sa couronne.

Peut-on utiliser de la mousse expansive ou du ciment pour aller vite ?

Non, ni l'un ni l'autre. La mousse ne tient pas, se dégrade aux ultraviolets, retient l'eau derrière elle et empêche le séchage. Le ciment crée un point dur imperméable dans un mur perméable : l'humidité contourne le bouchon, se concentre sur les lèvres et fait éclater la pierre au premier gel. Les deux solutions font gagner une heure et coûtent une réparation de pierre.

Comment savoir si un trou est occupé avant de refermer ?

En regardant, et à la bonne saison. On cherche des fientes ou des traces claires sous la cavité, des brindilles ou des plumes au bord, un lissage du seuil par le passage, et l'on observe la façade au calme pendant un quart d'heure au petit matin. En hauteur, la question se pose avant même de monter l'échafaudage, car c'est l'installation, pas le bouchage, qui perturbe la première. En cas de doute ou de présence avérée, on diffère et l'on se renseigne auprès des services compétents : la destruction d'un nid ou d'un gîte occupé n'est pas au choix du propriétaire.

Peut-on remettre un échafaudage dans les trous d'origine ?

Non. Les cavités ont vieilli, leurs lèvres se sont désolidarisées, et la maçonnerie qui les portait n'a plus la cohésion du jour où le bois y a été posé. Un échafaudage moderne se calcule et s'appuie selon ses propres règles, au sol ou par ancrages étudiés. Les trous de boulin sont une trace, pas un point d'ancrage disponible.

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Vieilles Pierres est un média indépendant consacré au bâti ancien. Les articles sont rédigés par la rédaction ; les photographies d'illustration sont générées et ne représentent pas des chantiers réels.